C’est avec tristesse, mais sans réelle surprise, que nous avons tous pu suivre les derniers affrontements de grande ampleur entre les forces de l’ordre et ces individus que les media bien pensants ont pris l’habitude de qualifier pudiquement de « jeunes », ce qui, soit dit en passant, n’est pas très sympa pour tous les moins de 25 ans qui ne dealent pas de drogues, aiment leur pays, traitent les femmes comme des êtres humains à part entière, savent apprécier les plaisirs de la culture, s’expriment dans un français correct et respectueux d’autrui, ne passent pas leurs journées à glander et/ou à vomir leur haine sur tout ce qui n’est pas comme eux : blancs, français (oui, moi aussi je sais qu’ils sont français dans leur immense majorité mais ce n’est pas à moi qu’il faut le dire…), juifs, homosexuels, policiers, j’en oublie mais, en gros, 99% de la population.
Sans surprise mais, et sans doute y a-t-il là un vrai danger, avec un écoeurement croissant. A cette lassitude due au caractère à la fois répétitif, inepte, profondément malveillant et totalement contre productif de ces violences (et, conséquemment, de leurs auteurs), se mêle aujourd’hui, et de plus en plus, une hostilité sourde qui grandit à chacun des « exploits », petits ou grands, d’une population qui est en train de se couper définitivement du reste des habitants de ce pays. Cette fracture, occultée voire involontairement (?) encouragée en sous main par des media complaisants et des décideurs aveugles, est lourde de menaces gravissimes pour le futur de notre Nation.
Les violences de Villiers Le Bel ne sont d’ailleurs que la manifestation d’une brusque pulsation à la hausse dans un cycle d’affrontements qui n’a jamais cessé : tous les jours des véhicules particuliers sont incendiés, des civils innocents sont martyrisés et contraints de vivre dans la peur, des voitures de police sont caillassés et des représentants de l’autorité étatique la plus essentielle (policiers, pompiers, personnels de santé) sont agressés par les bandes antisociales. Ces faits sont quotidiens mais occultés par les principaux relais médiatiques. Les affrontements de ces derniers jours marquent néanmoins une nouvelle étape importante vers la lente mais, semble-t-il, inexorable marche vers un conflit d’une ampleur potentiellement comparable à une guerre civile.
Tâchons de voir, brièvement, quels sont les éléments récurrents et les éléments aggravants qu’on peut discerner dans cette nouvelle explosion de violence.
1. Ce qui n’a pas changé : les aspects récurrents des violences urbaines organisées contemporaines.
- L’effet de meute : le caractère inorganisé des acteurs.
Soyons clairs : si j’emploie dans le titre le vocable de « violences organisées », c’est plus par référence à l’aspect « en réunion » que pour signifier que leurs auteurs suivent une organisation ou agissent avec l’appui et inspirés par une quelconque structure. Du reste, force est de constater, sauf à disposer d’informations inconnues de moi, que ceux qui se rendent coupables de ces violences ne possèdent que le plus élémentaire sens de l’organisation tactique et ne sont mus par aucune idéologie ferme, rassembleuse et qui transcende leur « combat ». Ce ne sont pas même des « bandes », dans le sens où ce terme implique un ou des chefs et un minimum de hiérarchie entre les membres actifs du « cercle » contestataire. Le terme de « meute » est plus approprié pour qualifier ces comportements : un groupe qui réagit de manière irréfléchie, animale, à une situation donnée, dans un réflexe agressif purement Pavlovien, et dont l’ingéniosité tactique se limité à la force du groupe attaquant ensemble, à la versatilité de l’effort et à la fuite en cas de forces contraires supérieures en nombre et en moyens.
- L’inefficacité générale des actions :
Ce point découle directement du précédent : l’absence d’organisation implique de facto une absence de résultats puisque ceux-ci n’auront pas même été déterminés à l’avance par des « chefs » compétents. Mais attention, ceci ne signifie pas une absence de troubles mais simplement l’absence de résultats positifs pour les auteurs des troubles. Il est clair que cette « inefficacité » que je pointe du doigt ne sera pas vue du même œil par le brave citoyen qui contemple, impuissant, le triste spectacle de son automobile se consumant au bas de son immeuble…
Nous sommes en fait face à des acteurs antisociaux enfermés dans une démarche nihiliste : on ne casse que dans le but de casser et on n’affronte les policiers que pour la « gloire » sordide de l’affrontement. Il n’y a pas de volonté de « vaincre » ou d’obtenir le moindre résultat. Tout l’aspect éventuellement positif de la lutte est occulté par la lutte elle-même. Du reste, preuve suprême de la faiblesse de la résolution des combattants, l’intensité de la volonté qui sous-tend la lutte est très variable en fonction des forces opposantes.
- L’absence d’idéologie commune :
N’en déplaise à certains qui voudraient voir derrière ces affrontements la main invisible de quelques idéologues machiavéliques, force est de reconnaître qu’aucun des participants ne dispose du plus petit début d’embryon de ce qu’on pourrait apparenter à un système subversif : uniquement mus par la haine et le ressentiment, ils ne « raisonnent » pas leurs actes pour leur donner un sens ou un message. Ils ne pensent pas, ou alors seulement de manière instinctive, ni pendant, ni avant, ni après : ils agissent jusqu’à ce que les forces étatiques ne sifflent la fin de la récréation en leur opposant des éléments contre lesquels ils ne peuvent combattre et face auxquels leur volonté nihiliste ne suffit plus à leur faire accepter le danger.
2. Les facteurs aggravants : une situation de pourrissement qui se poursuit inexorablement.
Loin d’être de bonnes nouvelles, les éléments récurrents cités plus haut, et contre lesquels certains s’élèveront sans doute avec force, sont inquiétants, même lorsqu’on accepte, ce qui est mon cas, qu’ils enferment les bandes antisociales dans une logique nihiliste qui en fait des adversaires relativement impotents contre l’ordre étatique, en particulier lorsqu’on les compare avec d’authentiques acteurs subversifs voire révolutionnaires, tels ceux qui animent les guérillas de par le monde. Pour détestables que soient les actes de ces bandes, ils ne peuvent être comparés, ni dans la forme ni dans le fond, avec ceux des Farc, taliban et autres activistes du Hezbollah…
Néanmoins, la situation est potentiellement préoccupante car de nouveaux facteurs soient apparaissent, soit se renforcent, dont aucun ne laissent présager un avenir paisible, surtout faute de réponses adaptées de l’appareil étatique.
- Le « pourrissement » des quartiers : un processus dévastateur qui poursuit son œuvre.
Le terme de pourrissement doit être compris dans le sens contre-insurrectionnel du terme : lorsqu’un système anti étatique s’implante sur une zone et, par ses actions, perturbe le bon fonctionnement de l’ordre légal jusqu’à le repousser aux confins de l’aire géographique visée. Dans un contexte de guérilla, le mouvement suivant oblige les forces révolutionnaires à prendre le contrôle totale de la zone en y imposant ses propres structures politiques et sociales. Dans le cas qui nous occupe, cette option n’est pas à l’ordre du jour car les systèmes opposants, soit sont inexistants en tant que tels (par manque de structures et de bases idéologiques), soit se réduisent à des systèmes prédateurs (criminels) dont le seul but est la poursuite des activités illicites avec le minimum d’interférences extérieures.
Mais, même si l’ordre étatique a été repoussé, ce qui est bien souvent le cas actuellement, sans possibilité ou envie de le remplacer par un autre par ceux là même qui ont causé son extinction, il n’empêche que le « pourrissement » poursuit son œuvre car il s’agit d’un processus dynamique dont les effets s’aggravent avec le temps, à la manière d’une charogne dont l’odeur devient de plus en plus insupportable, même sans interférences extérieures autres que les jours qui passent.
C’est à cette dynamique vicieuse que ce qu’on nomme pudiquement, une fois encore, les zones de non-droits sont confrontées aujourd’hui. Or, socialement parlant, d’une terre pourrie il est rare que des éléments constructifs surgissent, bien au contraire…
- L’emploi d’armes à feu : fausse surprise mais vraie escalade.
Certains journalistes semblent avoir découvert que non seulement des armes circulaient en banlieue mais que, de plus, il pouvait venir à l’esprit de certains qu’on pouvait les retourner contre les forces de l’ordre. Ces dernières n’étaient pas dupes et, depuis longtemps, craignaient précisément d’être un jour l’objet de tirs, les armes à feu venant remplacer les habituels projectiles jusque là en vigueur. Par bonheur, l’inefficacité, l’inorganisation et l’amateurisme des bandes antisociales, en complément du professionnalisme des effectifs policiers déployés sur zone, ont pour l’instant permis d’éviter des pertes dans les rangs des agents du maintien de l’ordre.
Il est clair, en revanche, que le phénomène risque de s’amplifier, en particulier si l’appareil étatique n’apporte pas une réponse vigoureuse à ces menées criminelles.
CONCLUSION : agir aujourd’hui ou subir demain…
Les actions malveillantes perpétrées par une poignée de perturbateurs, certainement minoritaires mais très actifs, ont réussi le tour de force, à la fois de faire passer au second plan un drame terrible, le décès accidentel de deux adolescents, et de rendre quasiment inaudibles toutes démarches attentives aux souffrances sociales, bien réelles, des populations qui vivent dans certains quartiers périurbains. En clair, quelques malfaisants souillent la mémoire de deux jeunes gens trop tôt disparus et réduisent au silence tous ceux qui voudraient avancer des solutions pour aider enfin les personnes vivant dans ces quartiers.
Résultat effroyable, odieux, des actions nihilistes des bandes antisociales.
Le pouvoir étatique est désormais face à deux choix :
- Laisser la situation en l’état jusqu’à la prochaine explosion, inévitable, avec le risque que, cette fois-ci, des policiers paient de leurs vies l’impéritie durable d’un pouvoir peu préoccupé par ces problèmes, sans préjudice, évidemment, des réactions terribles que de telles pertes occasionneront de la part de fonctionnaires lassés qu’on les envoie au carton sans possibilité de répliquer.
- Que l’État fasse enfin ce pour quoi il est conçu : faire respecter et, le cas échéant, rétablir l’ordre en chassant avec la dernière énergie les ennemis qui compromettent le pacte social sur lequel est fondé rien de moins que la stabilité de toute la construction nationale. En bref, reconquérir l’espace perdu sans attendre car, si on peut toujours se réapproprier les territoires qu’on a, par imprudence, incompétence et/ou maladresse laissé échapper, le temps gaspillé, lui, ne peut être récupéré d’aucune manière…

