lundi 10 mars 2008

COLOMBIE – VENEZUELA : FIN (PROVISOIRE) DE LA CRISE ANDINE.


Comme prévu par les observateurs, le 20éme sommet du Groupe de Rio, qui s’est achevé ce vendredi 7 mars, a été l’occasion d’une franche explication des gravures qui a débouché sur un retour à la normale dans la région, si tant est qu’on puisse employer cette expression dans ce contexte particulier.

On se souvient que l’opération militaire colombienne en territoire équatorien, qui avait abouti à la mort de Raul Reyes et à la saisie de nombreux documents embarrassants pour les FARC et leurs alliés, avait provoqué une brusque montée de fièvre : rupture des relations diplomatiques, rappel d’ambassadeurs, mobilisation aux frontières de la Colombie, déclarations enflammées, insultes diverses et variées, j’en passe et des meilleurs… Toute cette agitation, on s’en doutait, relevait plus de la gesticulation que d’une réelle volonté de faire la guerre.

C’est ainsi que le gouvernement du Venezuela a annoncé qu’il se contentait de remplacer son ambassadeur à Bogota et, dans la foulée, qu’il rappelait les 10 bataillons déployés, selon lui, à la frontière au lendemain de la mort de Reyes. Sur ce dernier point, soyons clairs : les contrôles se sont effectivement accrus sur l’axe routier stratégique Cúcuta – San Cristobal, avec l’interruption de la circulation des poids lourds qui font la navette entre les deux pays et des check-points tatillons pour les voitures particulières[i]. Pour le reste, il est plus que vraisemblable que le déploiement annoncé à grands coups de roulements de tambour ait été totalement fantomatique : le délai était bien trop court, entre l’ordre donné et son annulation, pour permettre l’acheminement effectif de 10 000 hommes sur zone ; on voit mal comment il aurait été possible de faire villégiaturer autant de troupes dans une région au relief tourmenté et quasi totalement dépourvu d’infrastructures adéquates ; enfin, les autorités américaines ont benoîtement affirmé n’avoir rien détecté avec leurs satellites. Bref, tout cela n’était fort vraisemblablement qu’un effet d’annonce à usage interne du président Chavez. L’Equateur a aussitôt emboité le pas de son tuteur (son président, Rafael Correa, fait partie de ces dirigeants latino-américains « progressistes qui résistent courageusement à l’impérialisme yankee » pour qui nos éminences médiatiques ont toutes les indulgences). Alvaro Uribe, de son côté, a accepté qu’une mission de l’OEA viennent enquêter sur les détails de l’opération militaire à l’origine de cette crise.

Quitte à aller à contre-courant de certains commentateurs hexagonaux[ii], il m’apparaît clairement que la Colombie, quoique toujours isolée politiquement dans la région, sort grande gagnante de ce psychodrame. Son président a certes du faire des excuses publiques à ses volcaniques homologues (ce qui ne mange pas de pain par rapport au fait d’avoir éliminé le numéro deux des FARC) et accepter une commission d’enquête (dont les conclusions, si tant est que cette mission ne soit pas un écran de fumée, pourrait d’ailleurs, au final, se révéler plus embarrassante pour ses voisins que pour lui). Pour le reste, les gains engrangés par le gouvernement colombien sont conséquents : il a démontré que la guérilla, et ses principaux chefs, trouvaient sans problème asile chez des pays limitrophes qui vont désormais devoir faire la preuve de leurs volontés de lutte anti-terroristes aux yeux du monde[iii] ; il a court-circuité la glorieuse médiation d’Hugo Chavez en apportant des preuves de sa collusion avec les FARC, un fait qui n’a été une surprise que pour les naïfs ; la population colombienne, centre de gravité de la lutte contre-insurrectionnelle, sentant que la mort de Reyes marque peut-être le « début de la fin » des FARC, fait désormais bloc autour du gouvernement et soutient sans réserve son action ; l’Ejercito, auréolé par son coup d’éclat, peut désormais pourchasser avec une vigueur accrue ses ennemis ; les dirigeants internationaux (suivez mon regard) qui s’en étaient, un peut trop précipitamment, remis aux bons offices d’Hugo Chavez, sont gênés aux entournures et vont, on l’espère, réexaminer leurs positions dans un sens plus constructif.

Bref, un bilan plutôt positif d’autant que l’hécatombe se poursuit parmi les membres du Secrétariat des FARC, de même que les trahisons de haut niveau.

Bien évidemment, je ne manquerai pas de vous tenir informé des prochains développements…

A ce propos, j’en profite pour mentionner ici quelques liens de sources « ouvertes » qui permettront aux lecteurs d’avoir une vision légèrement plus exhaustive que celle dispensée par nos média nationaux. La plupart sont en espagnols, mais j’ai déniché quelques sites francophones qui méritent qu’on s’y attarde :

- Latin Reporters.com : un très bon travail d’information sur l’Espagne et l’Amérique latine avec des dépêches et synthèses liés à l’actualité ; politiquement, ce site ne peut être suspecté de sympathie pour les FARC ou ses soutiens tout en restant modéré sur la forme.

- RISAL : Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine. Clairement marqué à gauche, tendance altermondialiste, ce site retient néanmoins l’attention pour ses articles de fond et la qualité du travail de ses auteurs même si, bien sur, l’orientation politique est plus visible que dans le précédent.

Ces deux liens proposent des analyses de qualité et peuvent être consultés avec intérêt, en gardant son esprit critique, cela va sans dire. En revanche, je fais l’impasse sur la multitude de sites, forums et autres blogs francophones qui, sous couvert d’humanitaire et de solidarité pour « les peuples d’Amérique latine qui souffrent », se font, involontairement ou par conviction, les porte-paroles objectifs de la propagande des FARC. La route qui mène vers l’enfer est sans doute pavé de bonnes intentions mais il n’est écrit nulle part que la compassion doive exclure l’intelligence…

Pour ceux qui veulent suivre l’actualité militaire colombienne de l’intérieur, et d’après la vision gouvernementale, je signale que le site officiel de l’armée colombienne propose une partie de son contenu en français. Instructif et édifiant.

Pour ne pas être accusé d’une trop grande partialité, je vous indique l’URL (trouvé sur Google) du site officiel de l’armée vénézuélienne mais je dois avouer que je n’ai jamais réussi à m’y connecter. Peut-être aurez-vous plus de chance que moi :

www.ejercito.mil.ve/

Pour ceux qui pratiquent la langue de Cervantès, voici quelques liens en espagnols de journaux ou de magazines d’information colombiens :

El Tiempo, Cambio, Semana, El Espectador.

Et vénézuéliens :

El Universal, El Mundo, El Nacional, Analitica.com.

Bonnes lectures…


Photo : le cliché est l’œuvre de ArielR. Bel alignement de Su-30 vénézuéliens achetés récemment à la Russie.



[i] Il faut d’ailleurs relativiser : ce type de gêne occasionnée par le zèle de l’état-major vénézuélien n’a absolument rien d’exceptionnel. En effet, et je peux en témoigner, ce comportement est relativement fréquent de la part des autorités bolivariennes et intervient à chaque fois qu’un différend, de quelque nature qu’il soit, oppose les deux pays.

[ii] A ce propos, c’est méchant mais il est si bon de rire parfois, je ne peux m’empêcher de suggérer au lecteur d’aller jeter un œil amusé sur cet article-gag publié sur le site de France Soir. Un grand moment d’impartialité journalistique qui en dit long en peu de mots…

[iii] Au début du sommet, l’Equateur a d’ailleurs annoncé la capture, sur son territoire, de cinq guérilleros colombiens. Sans doute une pure coïncidence…


1 commentaires:

Frédéric a dit…

Il y a aussi des manifestions contre les paramilitaires en Colombien. Certains sites parlent de 300 000 manifestants.