dimanche 2 mars 2008

COLOMBIE : LE NUMÉRO DEUX DES FARC ABATTU PAR L’ARMÉE.

UN RUDE COUP PORTÉ A LA GUÉRILLA ET SES CONSÉQUENCES.


Le ministère de la Défense colombien a publié un communiqué annonçant le décès de Luis Édgar Devia Silva, alias Raul Reyes, considéré comme le « ministre des affaire étrangères » ou le porte-parole officiel des FARC. Né en 1948, il était considéré comme le bras droit de Manuel Marulanda, alias « Tirofijo » (« celui qui tire juste »), le chef du principal mouvement de guérilla colombienne. Négociateur attitré des FARC, c’est lui qui avait mené les discussions avec le gouvernement d’Andres Pastrana, de 1998 à 2002, période durant lequel les FARC avaient atteint leur apogée, contrôlant de vastes territoires démilitarisés dans la région de Caguán et pouvant compter sur prés de 17 000 hommes bien entrainés et motivés. Sa mort est le coup le plus rude porté à l’état-major de la guérilla depuis sa création.

Examinons le déroulement de cette opération avant de tenter d’en présenter les conséquences pour la Colombie mais aussi pour le sort des otages encore détenus, dont Ingrid Betancourt.


1. La mort de Reyes : un raid réussi dans un contexte géographique et politique difficile.


Rappelons tout d’abord que la communication des Forces Armées Colombiennes, comme déjà signalé dans un article publié ici, est assez particulière. Une certaine prudence s’impose donc même si les faits semblent établis et le déroulement de l’opération crédible.


- Le contexte : les FARC à bout de souffle.

Depuis la rupture de négociations de paix, en 2002 avec l’arrivée au pouvoir d’Alvaro Uribe, la guérilla colombienne a vu son influence sérieusement réduite par les coups de boutoir de l’armée et la mise en place d’une stratégie nommée « action intégrale » qui mêle opérations civilo-militaires, propagande politique interne, offensives militaires et développement économique d’inspiration libérale[1].

Durant les années 90, les FARC avaient presque réussi le saut qualitatif qui les aurait fait passer d’une force de guérilla à une armée régulière subversive capable d’enlever militairement de vastes zones, y compris urbaines, aux forces étatiques puis de les soustraire durablement à l’influence du pouvoir central. Le Plan Patriote, puis le Plan Consolidation ont totalement ruiné ces efforts. Passant de 200 000 à 380 000 hommes, rééquipées en matériels modernes bien adaptés (notamment des hélicoptères Blackhawk et des avions d’attaque au sol Super Tucano), l’armée colombienne a repris l’offensive, soutenue par le gouvernement et la majorité de la population, lassée par une guerre interminable. On estime aujourd’hui que les FARC ont, depuis la reprise des opérations militaires et en 6 ans, perdu 8 000 combattants et le contrôle d’une vingtaine de territoires, zones de production de drogues qui leur assuraient des revenus substantiels. Selon les chiffres officiels, les FARC auraient perdu au combat 1891 hommes en 2005 et 2184 en 2006. La colonne mobile « Teófilo Forero », considérée comme le corps d’élite de l’appareil militaire de la guérilla, a ainsi été anéanti sans pouvoir être reconstituée.

Des coups aussi rudes, ainsi que la perte de zones d’influence lucratives ou la sanctuarisation des grands centres urbains (contrairement à une idée reçue, 80% de la population colombienne vit dans les villes) ont eu des conséquences funestes pour la guérilla : sur le plan militaire, le temps des grands rassemblements (les Frentes) cibles idéales pour les bombardements gouvernementaux, ont laissé la place aux petites unités très mobiles mais qui ont plus de mal à contrôler durablement le terrain et ne peuvent entreprendre d’autres opérations que strictement défensives. De même, l’assèchement des sources de financement et de ravitaillement venant des populations a obligé la guérilla à se lancer à corps perdu dans l’industrie du kidnapping et le narcotrafic, ces deux principales sources de revenus actuellement. Tous ces facteurs, bien évidemment, empêchent l’insurrection de pratiquer un recrutement efficace et de diffuser des idéaux positifs à même de faire venir à elle des éléments compétents de la population colombienne.

Affligée par une image exécrable de cruauté, talonnée en permanence par des adversaires accrocheurs, coupée d’une population majoritairement lasse de la guerre et qui souhaite participer au décollage économique du pays, la guérilla s’est désormais regroupée défensivement dans ses fiefs historiques du centre du pays (provinces de Caqueta, de Guaviare et dans le sud de celle de Meta) ainsi que dans les zones frontalières du Panama, du Venezuela et de l’Equateur. C’est d’ailleurs là-bas, à 1800 mètres seulement de la frontière, que Raul Reyes a été tué.

Actuellement, quatre facteurs peuvent expliquer la persistance de cette nuisance insurrectionnelle malgré les coups portés contre elle : la taille et la géographie tourmentée du pays qui fait que certaines zones fortement enclavées sont difficilement accessibles aux efforts gouvernementaux ; un encadrement de qualité qui fait régner une discipline de fer parmi les combattants des FARC, limitant (sans l’empêcher totalement) une hémorragie des effectifs liée aux désertions ; la présence de nombreuses sources de revenus illégales qui permettent, en contrôlant la production et le raffinage de la coca notamment, de subvenir aux besoins essentiels de l’infrastructure militaire ; l’aide, enfin, de plus en plus évidente apportée par le régime bolivarien d’Hugo Chavez depuis le Venezuela, sur le plan politique, idéologique, comme base de refuge, mais aussi, très certainement, par des livraisons d’armes[2].


- L’opération : renseignement, destruction et exfiltration.

Voici, résumés succinctement, les événements qui ont conduit à la mort du numéro deux des FARC, si on en croit le ministère de la Défense et la presse colombienne. Comme d’habitude, certaines zones d’ombre subsistent mais on peut néanmoins affirmer ceci :

Des informations d’origine policière, confirmées par des personnels infiltrés du renseignement militaire, avaient repéré depuis plusieurs jours des éléments du Front 48 des FARC, à Granada, en Equateur, tout prés de la frontière. Dans la nuit du 29 février, ces mêmes sources humaines ont averti de l’arrivée parmi eux de membres importants de la guérilla, dont Raul Reyes. Sa présence est confirmée par le repérage de son téléphone satellite sur la zone. A 0h25, un commando héliporté des Forces Spéciales décolle vers le lieu présumé de regroupement des FARC tandis qu’un nombre indéterminé d’avions de l’Armée de l’Air décollant d’aérodromes situés dans le sud du pays entamaient un bombardement préliminaire sans violer l’espace aérien équatorien. Arrivant sur les lieux, les hélicoptères essuient des tirs en provenance de l’autre côté de la frontière qui occasionnent la mort d’un soldat colombien, Carlos Hernández León. Le campement rebelle, désormais localisé avec précision à 1800 mètres de la frontière, essuie alors des bombardements aériens précis. Les autorités équatoriennes sont averties par le président Uribe que ses troupes vont pénétrer sur leur territoire pour neutraliser définitivement le parti rebelle. On n’en sait pas plus sur le débarquement héliporté proprement dit, si ce n’est le bilan officiel : 17 guérilleros abattus, dont Raul Reyes, déjà présenté, ainsi que Guillermo Enrique Torres alias « Julián Conrado », un autre membre important de l’appareil politique des FARC. Les corps de ces deux derniers sont emportés et ramenés en territoire colombien.

On le voit, certaines phases de l’opération posent questions. Je ne vais pas revenir dessus ici pour l’instant, d’une part car je ne pourrais émettre que des hypothèses, d’autre part parce que cela nous éloignerait du sujet


2. Les conséquences de l’opération :


- Dans le contexte colombien :

Pour le gouvernement d’Alvaro Uribe et pour l’Ejercito, il s’agit incontestablement d’une grande victoire. Militaire tout d’abord : malgré la perte d’un soldat, cette opération a démontré des qualités tactiques évidentes (bonne réactivité, efficacité de l’aviation tactique, renseignement, humain et électronique, de qualité). Sur le plan politique, également, le message est clair et s’adresse aussi bien à la population colombienne (nous sommes sur la bonne voie, le FARC seront bientôt détruits) qu’à ses voisins immédiats (n’accueillez pas les chefs ennemis sur votre sol) où aux FARC eux-mêmes (rendez-vous ou négociez, vous n’êtes plus à l’abri de nos coups, même à l’étranger). Il s’agit là de messages forts qui ont pour but de démontrer la volonté inébranlable du gouvernement d’en finir avec son principal adversaire. Cette résolution impitoyable, qui peut sembler choquante pour certains étrangers habitués à vivre dans un pays en paix et qui ne connaissent que l’écume des choses, est bien accueillie par la population colombienne (centre de gravité de la lutte d’influence entre les forces insurrectionnelles et gouvernementales). Rappelons qu’à la guerre, c’est celui dont la volonté est la plus forte qui gagne. A ce titre, le gouvernement Uribe a marqué des points importants en éliminant Reyes dans ces conditions.

Car, pour les FARC, une telle perte est catastrophique, irremplaçable. Rappelons que ce mouvement de guérilla ne fonctionne pas sur le modèle décentralisé à l’extrême, tentaculaire et bénéficiant d’un recrutement transnational important et de qualité multiple, qui est celui d’Al Qaeda ou des nébuleuses terroristes islamistes. Il s’agit d’une organisation « à l’ancienne », dans la droite ligne des mouvements marxistes de l’après seconde guerre mondiale, avec tout ce que cela suppose comme qualités et comme défauts. Ainsi, les troupes sont fortement militarisées, sur le modèle d’une armée régulière, et les cadres, sélectionnés parmi les plus anciens et les plus capables, font régner une discipline impitoyable dans les rangs : la moindre faute est punie par un passage devant une « cour martiale » et les sanctions vont des châtiments corporels jusqu’à la peine de mort[3]. Lorsqu’on entre dans les FARC (rappelons que le recrutement des « soldats » est majoritairement basé sur le volontariat), on n’en sort pas… L’entrainement est de qualité et, selon un processus darwinien propre à toute guerre, ceux qui ont survécu aujourd’hui sont les plus capables et les plus fanatisés. D’un autre côté, une telle structure de commandement est lourde, monolithique et ne favorise guère l’initiative des commandants locaux qui prennent directement leurs ordres de l’appareil dirigeant. De surcroit, les difficultés de recrutement actuelles rendent difficiles le remplacement des dirigeants les plus anciens (pour mémoire, Raul Reyes était membre des FARC depuis les années 70…). Il sera extrêmement difficile de remplacer un dirigeant aussi capable et disposant d’une telle influence, même si son successeur possible est déjà évoqué.

On le sait, car l’Histoire l’enseigne, une guérilla combattant une armée régulière déterminée, ne peut espérer gagner sans le soutien d’une ou plusieurs puissances extérieures qui lui offrent, bon gré mal gré, refuges et appui logistique. Cette opération sur un territoire voisin est un message adressé aux états limitrophes : n’aidez pas nos ennemis. Il vise indirectement le grand voisin vénézuélien dont le président s’est fait l’avocat le plus grandiloquent des FARC sur la scène internationale. Celui-ci ne s’y est d’ailleurs pas trompé, avertissant son homologue colombien qu’une opération semblable sur son sol provoquerait une guerre. L’évolution des relations entre ces deux états sera déterminante pour la suite des événements : sans l’aide vénézuélienne, les FARC sont condamnés à disparaître mais, d’un autre côté, si les FARC venaient à être menacés d’annihilation, le régime bolivarien[4], gorgé de l’argent du pétrole et frénétique acheteur d’armements russes, pourrait être tenté de prendre des initiatives dramatiques pour aider son « allié » idéologique autoproclamé.


- Quelles conséquences pour les otages ?

Bien sur, pour le public français cette disparition sonne comme une très mauvaise nouvelle, notamment dans la perspective d’une libération rapide d’Ingrid Betancourt. On peut tout à la fois soutenir le régime colombien dans sa lutte contre une guérilla totalitaire, se féliciter de cette action d’éclat, et comprendre l’angoisse qui saisit la famille de la malheureuse captive : Raul Reyes était en effet l’unique interlocuteur de haut niveau des pays œuvrant actuellement à la libération de la sénatrice franco-colombienne et les organisations soutenant un accord humanitaire ont toujours fustigé l’activisme militaire des forces régulières colombiennes. Il serait odieux d’ignorer l’atroce souffrance des enfants d’Ingrid Bétancourt, de ses proches, et de contester leurs arguments et exigences. Devant une telle détresse, seul le respect, le soutien et l’écoute s’impose.

Pour des acteurs et observateurs plus officiels et moins impliqués psychologiquement, on se permettra néanmoins de suggérer une approche plus dépassionnée, et finalement plus constructive de la situation : on ne négocie pas avec les FARC à coup d’émotion ou de tirades télévisuelles grandiloquentes. Face à un adversaire qui lutte depuis plus d’un demi-siècle pour un pouvoir qu’il sent désormais définitivement hors de sa portée et qui joue en ce moment rien de moins que son existence, seul un dialogue raisonnable mais empreint de fermeté peut porter ses fruits. Examinons froidement la situation : Ingrid Betancourt est actuellement l’un des derniers gages de survie de l’organisation, sa disparition aurait des conséquences dramatiques incalculables pour elle tout comme son maintien en captivité lui assure une complaisance forcée de la part d’états puissants. On imagine mal la guérilla risquer de perdre un tel atout dans son jeu. La disparition de son négociateur attitré va incontestablement plonger l’appareil dirigeant dans le plus grand désarroi et c’est peut-être précisément le moment, alors que règne l’incertitude et la confusion dans ses rangs, où il faut saisir la chance de lui proposer une sortie de crise (je parle de la crise des otages, pas de la crise globale qui est un problème interne au gouvernement colombien) négociée.

Un scenario de fermeté est possible, bien qu’improbable : le gouvernement français pourrait annoncer que le décès du négociateur change la donne et que, la seule voix « raisonnable » ayant disparue, il est temps désormais de hausser de ton et d’exiger des actes concrets de la part des preneurs d’otages. La bonne volonté des autorités françaises dépendrait donc d’une libération rapide d’Ingrid Betancourt d’autant plus que la France a déjà demandé, et obtenu, que le gouvernement colombien libère l’un des dirigeants historiques de la guérilla, Rodrigo Granda, sans rien voir venir en retour. En parallèle, un rapprochement avec les autorités colombiennes, qui n’attendent que cela, serait amorcé de même qu’une prise de distance sans équivoque avec les soutiens internationaux (suivez mon regard) des FARC. A mots couverts, il pourrait être suggéré que la sécurité des principaux leaders de la guérilla est désormais intimement liée à celle de notre otage. Dans le même temps, car personne n’accepte de négocier avec un interlocuteur qui ne lui offre rien en retour, les autorités françaises s’engageraient à faire pression en faveur d’une amnistie pour les guérilleros, y compris les chefs et ceux déjà emprisonnés, qui s’engageraient à déposer les armes et à participer à la reconstruction du pays. C’est très risqué, sans doute trop pour le gouvernement actuel, mais qui ne tente rien n’a rien et le temps presse, tout comme les derniers développements qui obligent à des actions fermes, dans un sens ou dans l’autre.


CONCLUSION :

L’élimination de Raul Reyes, largement approuvée et soutenue par la population colombienne comme par la classe politique locale, modifie sensiblement les données du problème des otages : la position actuelle de dialogue « humanitaire » semble difficilement tenable.

Les choses sont hélas simples : le pouvoir légal n’acceptera pas de céder alors qu’il se sent sur la voie de la victoire et les guérilleros ne relâcheront pas Ingrid Betancourt qui constitue leur dernière monnaie d’échange de valeur s’ils n’y voient pas un intérêt concret. Il est donc temps de se sortir de cette position inconfortable en réorientant notre démarche dans un sens plus conforme à la recherche du résultat final, dans les limites de ce qui est concevable compte tenu du contexte local. Cela passe par une alternative simple : soutenir le gouvernement colombien tout en lui demandant des gages pour lui acceptables en terme d’amnistie pour les guérilleros qui accepteront de collaborer, ou prendre fait et cause pour les FARC et leurs revendications avec tout ce que cela implique comme reniement de tous nos principes, sans parler des conséquences pour l’image de la France dans la région et le monde.

Nous ne parlons pas ici de négocier la libération d’un journaliste détenu par un groupe mafieux qui exige de l’argent : nous sommes, contre notre gré, impliqué dans une guerre civile cruelle et interminable mais dont on commence à voir qui seront les vainqueurs. Actuellement, les deux adversaires sont l’un dans une logique d’éradication, l’autre dans une exigence de survie par tous les moyens. Nous savons bien que toute guerre doit se régler par des concessions mutuelles sous peine de devenir infini. Le vaincu doit simplement être amené à reconnaître son état et à accepter les conditions de son opposant plus habile. La France aurait peut-être beaucoup à gagner, pour la libération de son otage comme pour son rôle futur dans la région, à expliquer cette réalité aux deux belligérants et à proposer une médiation équilibrée en sortant enfin des discours compassionnels à usage strictement interne qui ne mènent à rien dans les faits. Les deux partis, engagés dans une lutte à mort, n’ont que faire des intermédiaires larmoyants, un signe de faiblesse fort peu apprécié dans ses contrées lorsqu’il provient de décideurs, si ce n’est pour les manipuler dans le sens qu’ils souhaitent. Un acteur ferme, puissant, décidé, raisonnable et qui s’implique concrètement sera certainement mieux entendu et obtiendra plus de résultats qu’une approche émotionnelle, on l’a vu sans effet dans ce contexte particulier.


[1] Sur l’action intégrale, on se reportera à l’interview de l’amiral Jesus Alberto Bejarano Marin publié dans DSI n° 33, p 54-55.

[2] Le fait n’est pas prouvé, mais le dernier numéro du magazine Raids (n°262) fait état de la saisie, par l’armée colombienne, de munitions en calibre 7,62 x 39mm d’origine vénézuélienne, les mêmes que celles qui servent à approvisionner les AK 47 qui équipent massivement les FARC et l’ELN. Pour des raisons politiques, Bogota s’est refusé à mettre en cause officiellement son voisin, prétendant que ces livraisons n’étaient que le fait de trafiquants locaux, sans tromper grand monde. On sait que les russes ont livré au régime de Chavez 100 000 Kalachnikov ainsi que les machines outils permettant d’en fabriquer le même nombre chaque année avec les munitions qui vont avec. Début 2008 j’ai pu personnellement côtoyer des dizaines de militaires vénézuéliens, à la frontière comme dans les grandes villes : pas un seul ne portait de Kalachnikov. Le FAL, qui devait être remplacé par ces armes neuves depuis 2005, était apparemment toujours en service. Sans doute sont-ils si précieux que les fusils d’assaut russes flambant neufs ont été réservé aux unités d’élite, invisibles du public, à moins qu’ils ne soient stockés quelques part prêts à sortir pour repousser une attaque (toujours imminente, si on en croit la propagande officielle) des impérialistes américains…

[3] A titre d’exemple, les relations sexuelles entre les combattants sont strictement encadrées par les commandants de zone. Les rapports avec les otages sont interdits : lorsque le fait que Clara Rojas était tombé enceinte pendant sa détention a été connu du public colombien, les FARC ont fait courir le bruit que son « amant » avait été jugé puis exécuté pour sa « faute ». Ce fait n’a jamais été confirmé officiellement mais l’homme n’est jamais réapparu non plus…

[4] Cette appellation ne rend pas justice à Simon Bolivar, El libertador, grand héros de l’indépendance sud-américaine, amoureux de la France et digne fils des idéaux révolutionnaires de son temps. Du reste, tous les pays de la région lui vouent un culte encore largement visible de nos jours.

15 commentaires:

fboizard a dit…

Vous allez me trouver très cynique, mais j'avoue que le destin d'Ingrid Betancourt me laisse assez indifférent.

Bien sûr, je préférerais qu'elle comme tous les otages, soit libérée.

Mais justement qu'a-t-elle de plus que les autres otages ?

J'ai bien peur que ceux qui ont organisé ce tapage médiatique autour d'elle, avec de bonnes intentions je présume, n'aient aggravé son malheur : en lui donnant une valeur astronomique aux yeux des preneurs d'otages, ils l'ont rendu quasiment impossible à libérer.

Sans compter que la campagne pour sa libération a de fort mauvais relents, il s'agit plus de mettre en cause le président Uribe que les sanguinaires preneurs d'otages. Etonnant ! Comme quoi les bons sentiments ne remplacent pas la réflexion.

Ceci étant dit, la priorité est plus à la défaite de la guérilla qu'à la libération d'Ingrid Betancourt. C'est tout à fait compréhensible.

fboizard a dit…

Dans le commentaire précédent, j'ai oublié un mot important, il faut lire «la priorité colombienne».

En l'occurrence, la priorité française n'a que peu d'importance et c'est bien normal : la Colombie est un pays souverain et démocratique.

François Duran a dit…

Il est clair que les média français sont, à l’endroit du gouvernement démocratiquement élu de Colombie, d’une partialité qui ne cesse de susciter l’étonnement, pour ne pas dire plus…
Un exemple entendu ce soir sur France 3 : la journaliste annonce tranquillement que le président Hugo Chavez a décidé, en représailles à la mort de Reyes, de déployer des chars à la frontière colombienne et de rappeler son ambassadeur. Comme ça, sans plus d’étonnement, comme s’il s’agissait d’une décision logique, normale, une juste réponse à un acte odieux d’agression anti-vénézuelien… On se frotte les yeux.
Certains relais médiatiques ont en fait clairement choisi leur camp : Uribe est un fasciste-de-droite-libéral-laquais-des-américains tandis que Chavez est un glorieux-leader-socialiste-proche-de-son-peuple-qui-tient-courageusement-tête-à-l’impérialisme-yankee.
A ce niveau de désinformation, les mots manquent…
En revanche, j’invite le lecteur à réfléchir à ce qu’implique cette décision du président Chavez par rapport à sa position de médiateur humanitaire autoproclamé…

Stan a dit…

Billet très intéressant. Merci!
La question du financement est elle aussi tres primordiale. Ce Chavez est vraiment une crapule de la pire espece.

Stéphane T a dit…

Entendu ce soir: il était question de l'Equateur à propos de l'incident de frontière( mais j'ai peut être mal entendu).
Magistral, comme d'hab' et plein de bonnes idées pour moi :)
PS: et n'hésites pas à me dire ce que tu penses de mon analyse sur ODIERNO. J'ai peur qu'elle ait été un peu confuse
Cordialement
Stéphane TAILLAT
PS; et sur la désinformation dans les médias français.... no comment (de toute manière nous ne regardons plus la télé à la maison...)

Thomas Renard a dit…

Excellent travail. Juste un petit commentaire en passant: on dit toujours "ne tirez pas sur le messager". Le problème, ici, c'est que le gouvernement annihile son meilleur moyen de communication avec les FARC. Peut-être pensaient-ils qu'il était nécessaire de l'abattre pour diverses raisons difficiles à évaluer maintenant, mais généralement une négociation échoue quand les termes de l'accord sont mauvais, pas parce que les négociateurs sont de mauvaise volonté. Bon, Reyes n'était pas un négociateur, mais un porte-parole. Dans l'état actuel de la communication FARCo-Colombienne, cela revient plus ou moins au même...
Parce que si la Colombie veut utiliser cet événement comme levier de pression contre les FARC, qui va être la voix des FARC? Bref, j'ai un peu du mal à voir l'utilité de cette action.

François Duran a dit…

Très intéressante remarque de Thomas,
Tu es bien sur dans le vrai, il est généralement contre-productif de tuer les négociateurs puisque, par définition, ce sont eux qui pourront réussir à trouver une issue à la crise. Mais le contexte colombien est particulier. Quelques remarques qui n’engagent que moi :
Tout d’abord, et contrairement à ce que claironnent certains relais médiatiques politiquement orientés, je ne pense pas que cette élimination ait été sciemment calculé dans le but machiavélique de faire échouer les négociations. Reyes était dans le collimateur de l’Ejercito depuis des décennies et il a eu la mauvaise idée de mettre sa tête dans le viseur. Du reste, toute cette affaire semble avoir été décidée dans l’urgence et comportait des risques (notamment diplomatiques) non négligeables. La cible était trop tentante, tout simplement.
Ensuite, le gouvernement colombien, et sans doute est-ce une erreur d’appréciation de sa part, est clairement dans une logique d’éradication. La case « négociation » ne fait pas partie de ses priorités avec les FARC. La haine des décideurs politiques (rappelons que le président Uribe a vu son père enlevé et assassiné par la guérilla en 1983) et la frustration trop longtemps contenue des militaires (notamment lorsque le président Pastrana a concédé une zone humanitaire démilitarisée qui a marqué l’apogée des FARC) est immense, d’autant plus que la victoire leur semble désormais proche, à juste titre, ce qui les conduit à penser que la réponse militaire est suffisante et adaptée. C’est une erreur pour trois raisons : toute guerre se termine toujours par une négociation et c’est précisément lorsque l’ennemi a un genoux à terre qu’il faut savoir saisir la chance de conclure la paix à son avantage ; aux yeux de l’opinion internationale, qui reste focalisé sur le sort des otages, cette attitude, amplifiée par une communication extérieure désastreuse et un certain parti pris médiatique dans nos contrées apparait comme « inhumaine » ; enfin, last but not least, elle permet au président Chavez de se mettre sur le devant de la scène en se parant des atours flatteurs du « négociateur humanitaire » pour les spectateurs mal informés du contexte, alors que les connaisseurs du dossier savent qu’il y aurait beaucoup à dire sur son rôle réel dans le maintien de la guérilla chez son voisin, entre autre facteur d’instabilité régionale causé par son positionnement idéologique.
Il faut aussi comprendre l’opinion publique colombienne qui, dans sa majorité, compatit au sort des otages mais s’agace de ces négociations qui n’ont pour seul résultat à leurs yeux, et sans doute n’est ce pas faux, que de donner de l’oxygène à un ennemi sur le déclin tout en offrant le beau rôle à un voisin douteux. Trop de souffrances depuis trop d’années : maintenant que le bout du tunnel est visible, si la victoire doit passer par l’échec des négociations et la mort de quelques otages, le prix semble à beaucoup acceptable au regard de ce qu’ils endurent depuis des décennies. La compassion occidentale, et française notamment, parce qu’uniquement liée au sort d’Ingrid Bétancourt, agace car elle ignore les souffrances de la majorité de la population et l’histoire du pays.
Maintenant, la disparition de Reyes peut aussi être une chance si les pays extérieurs impliqués dans les négociations (France, Espagne, Suisse et Vatican) ont l’intelligence de réorienter leur politique au vu de ce nouveau développement : marginalisation du « médiateur » vénézuélien (qui joue clairement un double jeu), rapprochement avec le gouvernement Uribe (ce qui le rendra plus perméable aux arguments raisonnables), discours de fermeté à l’égard des FARC (assez de pleurnicheries : en Amérique latine tous les acteurs respectent les décideurs forts, pas ceux qui supplient avec des trémolos dans la voix…) et proposition d’une sortie de crise négociée qui passe par une amnistie dont les modalités resteront à préciser, une concession inévitable que le gouvernement colombien doit accorder aux rebelles acceptant de se rendre.

stephane a dit…

En tout cas, ce qui se passe actuellement a le mérite de montrer le vrai visage de Chavez qui d'après la radio masse des troupes le long de la frontière... L'equateur aussi d'ailleurs.

fboizard a dit…

«le mérite de montrer le vrai visage de Chavez»

Oui, enfin, un vrai révolutionnaire, pas comme ces c..... molles de Besancenot, Krivine et Laguiller.

En France, il y en a qui vont faire dans leur culotte de joie.

Frédéric a dit…

Concernant le dernier post de F Boizard, il suffit de lire les messages sur les forums grands publics pour se rendre compte effectivement du ''parti pris'' d'une partie de l'opinion française sur le sujet; Au fait, j'ait repris une partie des informations et références pour l'article sur les FARC dans le wiki

Anonyme a dit…

Voilà un article qui nous change de la soupe habituellement servie par certains médias faisant inconsciemment ou idéologiquement le jeu des FARC. Il témoigne en tout cas d'une connaissance avérée de la réalité colombienne, bien plus complexe que celle véhiculée par les clichés parisiens. Inutile de dire que je partage votre analyse.

Vous avez ainsi raison de souligner que le problème d'Ingrid Bétancourt est avant tout un problème français. Les colombiens vivent le drame des otages depuis des années et "notre" Ingrid n'en constitue en rien le symbôle. Elle est, hélas pour elle, devenue une icône marqueting des FARC ou de leurs "souteneurs" destinée à émouvoir la ménagère de moins de 50 ans, à conquérir les coeurs et les esprits de ce côté-ci de l'Atlantique pour conduire à des mouvements d'opinion "populaires" dont le but est d'exercer indirectement des pressions sur le gouvernement colombien. Mme Bétancourt ne joui d'aucune popularité particulière en Colombie, le score électorale quasiment nul qu'elle avait obtenue en témoigne et est à la hauteur des inimitiés qu'elle s'était faite au sein de la société colombienne avec son livre dont le titre exacte m'échappe sur l'instant mais dont la traduction du titre donnait quelque chose comme "tous corrompus sauf moi !"

Bref...

Concernant l'intervention armée, "on" a coutume de croire que les opérations militaires sont toujours réglées comme du papier à musique, que tout est prévu, rien n'est laissé ou fait au hasard que tout résultat obtenu sur le terrain est le fruit d'une action dument planifiée etc. Rien n'est plus faux, notamment en Amérique du Sud et en Colombie en particulier. Les militaires du cru répugnent littéralement à aller dans la jungle, je devrai même dire "à la campagne", se sont pour la plupart de purs citadins qui craignent de s'aventurer sur les pistes, à la merci des embuscades des rustiques combattants des FARC qui ont pour eux la connaissance du milieu et du terrain. La nature et les moyens de l'opération ayant aboutie à la mort du n°2 des FARC l'illustre assez bien. Un raid héliporté se traduisant par un bombardement de la zone repérée et sans doute un (bref, très bref) débarquement de forces spéciales destinées à faire le bilan mais en aucun cas à tenir le terrain pour empêcher la réinstallation des FARC.

Le président Uribe sent effectivement que la victoire militaire sur l'essentiel de l'appareil FARC est à portée de main. Il ne faut pas s'y tromper. Ingrid Bétancourt est une présence contraignante pour son action. Non pas du fait de sa qualité de sénatrice (les geôles FARC sont pour ainsi dire pleines de toutes sortes de personnages publics plus ou moins importants) mais en sa qualité de "mascotte" (je sais le terme est cruel) des puissances européennes dont la France.

La mort du numéro 2, négociateur va effectivement précipiter les choses. La faute à pas de chance ?

Pas si sur. Tout dépend si l'état de santé de "l'icône" est aussi dégradé qu'on nous le dit. Je ne peux m'empêcher de songer au contraste incroyable qu'il existe entre la vision de Clara Rojas, libérée, souriante, épanouie et presque pimpante après toutes ses années dans la jungle ... (les médias eux-même l'on contaté mpais ne se sont pas étendus...curieux tout de même) et la photo d'une Ingrid au bord de l'âbime... Faut il que leurs conditions de détention aient été singulièrement différentes pour obtenir un tel écart. Cerains pourraient ainsi avoir intérêt à faire passer le message consistant à dire qu'Ingrid est maltraitée par les FARC, vraiment méchants, qu'elle est au bout du rouleau et que décidément, les FARC sont infréquentables, inhumains etc. et qu'il convient plus que jamais à mettre un terme à leurs agissements. La mort du "négociateur" dans ce contexte ne peut qu'empêcher les FARC de réagir sur le plan de la négociation avec les occidentaux, ce qui permet à Uribe d'enfoncer le clou rapidement.

D'u autre côté, les FARC ont tout intérêt à conserver une Ingrid en vie mais"salement amochée", du moins suffisamment pour susciter le pathos des opinions européennes et poursuivre les perssions sur le gouvernement colombien et ainsi sauver leur peau. Comme vous le dite, elle est leur meilleure et surement dernière carte !

Et tout ça sur fond de problèmes bolivarien, de propriété des terres, de narco trafic et j'en passe? un panier de crabe dont les sud-américains ont le secret. Le gouvernement français s'est en quelque sorte fait piégé par les FARC et Chavez... Difficile désormais, vis à vis de son opinion de ne sagement rien faire (je parle d'intérêt de l'Etat et non de la vie de "notre" otage) et plus difficile encore d'agir. Quel levier manœuvrer, et pour quel résultat ? A suivre donc, mais le dénouement du moins pour le sort de Mme Bétancourt(espérons heureux, pour elle et sa famille) ne devrait plus tarder. Pour le reste...

Frédéric a dit…

En tous cas, les accusations volent de tout les cotés, financement des FARC par Chavez d'un coté, libération d'otages annulés de l'autre, et les manoeuvres militaro diplomatiques pour les 2 camps;

Il s'agit juste de faire les ''machos'' ou a t'il un réel risque d'internationalisation du conflit ?

Stéphane T a dit…

Hello François,
j'ai mis ton article en lien dans un commentaire sur ce sujet sur le blog "Abu Muqawama".
Amicalement
Stéphane

fboizard a dit…

«il suffit de lire les messages sur les forums grands publics pour se rendre compte effectivement du ''parti pris'' d'une partie de l'opinion française sur le sujet»

Je suis atterré par la bêtise de ce qu'on peut lire sur certains forums, y compris ceux qui n'ont pas un clair parti-pris gauchiste comme Le Figaro.

On peut certes avoir diverses opinions.

Mais ce qui m'étonne, c'est l'ignorance ou le mépris de la complexité de la situation.

Beaucoup de commentaires raisonnent en termes manichéens. Si j'étais méchant, je dirais que certains commentateurs n'ont pas la capacité intellectuelle de faire autrement.

Cependant, cela a un aspect positif : Hugo C. peut être rassuré, en cas de difficultés politiques dans on pays, il n'aura aucun problème pour trouver asile à St Germain des prés !

Frédéric a dit…

Si Chavez apporte la caisse remplie de pétrodollars, aucun probléme, l'argent n'a pas d'odeur :)