QUELQUES REFLEXIONS ET SUITE DU PROGRAMME
Certes, le voyage ne fut ni aussi long ni aussi trépidant, reconnaissons le honnêtement,
que celui d’Ulysse, mais qu’il doux de rentrer chez soi !
Sans doute, car c’est là un dénominateur commun à toutes les aventures lointaines, dans quelques temps une douce nostalgie m’étreindra-t-elle en songeant aux jours passés, aux personnes rencontrées, aux amis que je n’ai pu ramener avec moi autrement que dans mon esprit et, alors, je souhaiterai certainement retourner là-bas. Mais, pour l’instant, je goute à nouveau au piquant hiver parisien, à ces peu aimables habitants (et, car l’influence de ma ville natale étant ce qu’elle est, je m’inclus hélas dans le lot), aux tarifs prohibitifs pratiqués ici et à la devenue pour moi excentrique actualité hexagonale.
Au courrier, factures et lectures en avalanche, autant de retard pris sur des échéances essentielles et des informations qui ne le sont pas moins : la presse spécialisée, et ses courageux rédacteurs, n’ont pas attendu mon retour, c’est heureux, pour poursuivre leur travail d’utilité public. Il me faudra un peu de temps, quelques heures rognées chaque jour sur un pourtant si précieux sommeil déjà mutilé par le décalage horaire, pour me remettre à niveau mais la curiosité et l’intérêt, c’est certain, seront les plus forts, comme d’habitude. Mais après tout, ceci ne concerne que moi et ma capacité à organiser des jours qui ne comptent que 24 heures.
A vous tous, chers lecteurs qui me sont restés fidèles, je veux dire un grand merci pour votre patience que je vais m’atteler à récompenser par quelques articles qui, je l’espère, susciteront votre intérêt, vos commentaires, vos réflexions toujours aussi passionnantes. A ce sujet, j’adresse mes respects et remerciements particuliers à tous ceux qui font l’effort de m’écrire pour m’adresser suggestions, encouragements, critiques, questions voire des travaux qu’ils m’autorisent aimablement à publier sur ce modeste site. Car, et c’est une chose dont je suis bien sur et qui me pousse dans ce travail, si mon lectorat reste modeste en quantité, sa qualité est une source de motivation, un aiguillon qui m’oblige à rechercher encore et toujours plus loin, avec une passion grandissante et une rigueur accrue. Mon seul revenu, dans cette aventure, c’est vous mais il est infiniment plus gratifiant que les sommes que peuvent me rapporter d’autres activités plus lucratives… J’espère pouvoir continuer encore longtemps avec vous à mes côtés.
Cette quête, car c’en est une, n’est pas celle de LA vérité, notion dangereuse et illusoire qui, lorsqu’on croit l’avoir trouvée, paralyse l’esprit et oblige la réflexion à se cabrer devant l’obstacle, à refuser trop souvent la contradiction pour préférer partir à rebours des arguments contraires, galopant alors sans autre but que de sentir le vent qui grise et entraine l’oubli des doutes, pourtant souvent prémisses d’une autre quête vers une autre vérité, plus équilibrée et plus tranquille, en fait la seule qui vaille : la vérité du moment, fugace ou durable, en fait un agrégat de possibilités ponctuées de cette incertitude qui est le liant de toutes les hypothèses échafaudées avec tant de soin, mais, de toute manière, ne jamais avoir la prétention de s’enfermer dans une certitude éternelle et sans opposition possible.
Car l’activité humaine, ses foucades, ses désirs, ses éclairs de sagesse, ses tempêtes de furie, et les études qu’elle suscite ne sont pas des sciences exactes, et la polémologie probablement moins encore que toutes les autres. S’il est des points sur lesquels je ne transige pas, car je conserverai toujours, je crois, la sévérité qui est la mienne face à l’ignorance péremptoire, au mépris de l’histoire (de la sienne en particulier) et des hommes, au refus des remises en cause, à la condition pathétique de l’individu-roi, tristement seul car qui s’est en fait volontairement privé des liens invisibles qui le relie à une multitude dont il n’est qu’une petite partie d’un grand tout, j’espère rester toujours ouvert aux idées neuves, en matière de défense, puisque c’est le thème principalement abordé ici, comme dans d’autres.
De saines bases, doucement contraignantes, sur lesquelles se construisent des murs solides percés de nombreuses fenêtres, une architecture complexe et complète mais dont on peut modifier parfois le plan, un processus itératif qui s’enrichit de la parole, de l’expérience et des écrits d’autrui, voilà la démarche qui est la mienne et dont, j’espère, ce blog est le reflet le plus fidèle possible.
La guerre est une occupation consubstantielle à l’homme, n’en déplaise aux pacifistes dépourvus de ce socle essentiel à toute conscience qu’est l’Histoire[i], de la claire connaissance de ses ombres et de ses lumières. Plonger son regard, son esprit et parfois même sa chair dans cette abysse de volontés si puissantes qu’elles sont prêtes à donner et à prendre ce subtil miracle qu’est la vie est une activité aussi passionnante que terrifiante, toujours vertigineuse en tout cas. Pour ma part, j’aime ceux qui ont le noble courage d’affronter ces cruelles réalités, physiquement et/ou intellectuellement, ainsi que leur tranquille pudeur.
L’étude des conflits est aujourd’hui d’autant plus stimulante que l’époque, et particulièrement en France, est au renouveau de la pensée stratégique et tactique. Comme une boucle qui a fini son cycle, une ère nouvelle, épargnée par la glaciation de la pensée propre à la guerre froide (période qui ne fut pas exempte, soyons justes et rendons cette honneur à ceux qui s’y illustrèrent par des contributions intellectuelles remarquables, de grands penseurs), a commencé et le nombre de ceux qui y apportent leur pierre augmente, comme par un effet d’émulation, en quantité et en qualité. Plus particulièrement, mais pas exclusivement, saluons ces militaires d’active qui prennent la plume et instruisent leurs contemporains des mystères de la guerre, de ses évolutions comme de ses tendances immuables. Le fait que les praticiens s’expriment, en ces temps où le lien armée-nation peut sembler ténu, et le fassent au grand jour et en des termes pouvant être compris des profanes, est une chose tout simplement épatante. Etre présent et pouvoir assister à ce déluge d’idées et d’expressions nouvelles est une grande chance que nous devons saisir, saluer et encourager. Car, il y a eu, il y a et il y aura toujours des guerres : il n’y a aucune raison pour que notre époque échappe à cette tragique réalité, fil conducteur sanglant de l’histoire de l’homme. Espérons qu’il y aura pareillement toujours plus d’esprits éclairés pour défricher, rendre visible, lisible et dissiper un peu cette coupable ignorance dans laquelle se complaise aussi bien les simples citoyens que, et c’est plus ennuyeux, ceux qui ont la charge de les protéger par leurs décisions et leur pouvoir.
Mais nous aurons l’occasion de revenir sur toutes ces questions plus ou moins théoriques au cours des prochains mois. Nous aborderons également ensemble quelques épisodes de l’histoire militaire, récente ou plus ancienne, mais toujours dans le but d’en tirer des leçons pour les guerres actuelles et futures. Enfin, car il y a un sujet qui me tient à cœur et sur lequel je m’étendrai un peu, et parce qu’il me faut respecter un certain nombre de promesses, je traiterai de choses plus personnelles, dans le sens où je ne les ai pas connu de manière seulement livresques, quoique toujours en rapport avec les questions habituellement traitées ici.
En effet, et certains lecteurs le savent déjà, j’étais tout ce dernier mois en voyage en Colombie, pays où j’ai de fortes attaches de toutes sortes, et plus particulièrement, délaissant pour une fois Bogota, à la frontière colombo-vénézuélienne. Si vous avez, comme j’en suis bien certain, suivi l’actualité internationale de ces dernières semaines, vous avez sans doute déjà une petite idée des événements sur lesquels je souhaite revenir. Depuis mon propre angle de vue, pas forcément impartial, certes, j’espère avoir l’occasion de vous en offrir une optique neuve et qui tranchera sans doute un peu avec les commentaires hexagonaux et la politique officielle de notre gouvernement qui, je dois l’avouer, me déplait fort en la matière. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler…
Enfin, si vous me lisez de là bas, Omar, Javier « Gordo », Chacho, Johanna, Myriam, Javier « El calvo », Octavio, Rosario, Pablito, Sara et tous les autres qui m’ont demandé, presque supplié, de dire au peuple français, si lointain et mal informé, la vérité sur ce que vous êtes vraiment, sachez que je n’oublierai pas ma promesse. Je vous embrasse tous et vous souhaite de la chance et du courage, au moins de ce dernier je sais bien que vous n’en manquerez jamais !
Tiens, qu’est ce que je disais au début : à peine revenu et vous me manquez déjà…
Encore merci à mes fidèles lecteurs pour leur patience et bienvenue en cette nouvelle année 2008 que je nous souhaite à tous la meilleure possible.
Quant aux autres :
¡ Ciao y hasta pronto muchachos !
[i] L’incluant dans les « phénomènes naturels », Vincent Desportes note : « la guerre, issue du cœur des hommes depuis le fond des âges » in « Décider dans l’incertitude », p. 12.














2 commentaires:
Heureux de pouvoir enfin vous relire. Bon retour au pays (autant que faire se peut...).
Merci beaucoup.
Le retour se passe plutôt bien, malgré un gros dépaysement...
Bien cordialement à vous.
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