jeudi 14 février 2008

LES ÉLECTIONS AMÉRICAINES ET LA QUESTION DU MAINTIEN DES FORCES DE STABILISATION.

QUELQUES CITATIONS ET QUELQUES RÉFLEXIONS…

Les primaires, et les spéculations sur l’identité du futur président des Etats-Unis, occupent aujourd’hui une bonne part de l’actualité et suscitent des commentaires plus ou moins avertis, et partiaux, sur les qualités et défauts des uns ou des autres. Ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, c’est évidemment la question cruciale de la poursuite, ou non, de la présence militaire US en Irak et en Afghanistan et sous quelle forme. N’étant pas plus fin connaisseur que cela des arcanes de la politique américaine, je ne vais pas me lancer dans un résumé qui n’apportera rien au lecteur que j’invite, en revanche, à lire la très bonne analyse publiée par Thomas Renard sur son blog et à laquelle Stéphane Taillat répond avec talent. On y perçoit bien les positions de chacun et les limites de ces dernières.

A la question, plus large et qui ne concerne pas que nos amis d’outre atlantique mais bien toutes les forces engagées dans des opérations de stabilisation complexe, de savoir quand et comment se retirer dans les meilleures conditions possibles, et sans vouloir donner une réponse définitive, j’aimerai néanmoins vous livrer la réflexion ci-dessous, dénichée dans le dernier ouvrage de Vincent Desportes, « La guerre probable ». Ces quelques lignes, dans le contexte du débat américain actuel et, plus largement, de l’engagement de nos armées sur les théâtres mouvants du retour à la normalisation, me semblent particulièrement pertinentes. Qu’on en juge (les passages surlignés en gras le sont par votre serviteur) :

« La vérité persistante, c’est qu’il est toujours beaucoup plus difficile de sortir d’une guerre que d’y rentrer et que concevoir des stratégies de sortie selon un agenda rigide est aussi peu réaliste que contre-productif. La reconstruction s’accommode mal d’une planification contrainte qui permet à l’adversaire, en revanche, d’organiser sa propre manœuvre : le calendrier de sortie de crise doit rester très souple. Pour reprendre la sémantique anglo-saxonne, orienter son action non par rapport à un « end state » mais par rapport à un « end date » constitue une faute majeure ! N’en doutons pas, l’adversaire et les circonstances ont toujours leur mot à dire dans la guerre probable : le « brouillard de la paix » est aussi épais que le « brouillard de la guerre » (…) C’est à des opérations longues que nous devons nous préparer. Nous nous réjouirons en temps utile, éventuellement, des bonnes surprises. »

Outre la qualité de la réflexion, on perçoit bien ici la vanité, pour ne pas dire la dangerosité, qu’il y a à se lancer de nos jours dans un contexte militaire « désétatisé » sans objectifs valables en terme de ré-étatisation du territoire investi et selon une démarche rigide, voire simpliste, de type « first in first out ». L’état final (end state) est la clé d’une opération réussie lors même que la fixation préalable d’une date de départ (end date) est la marque d’une intervention ratée avant même son déclenchement. Le but de la guerre n’est pas la destruction de l’ennemi, c’est la mise en place effective d’un état de paix meilleur que celui qui a précédé le fracas des armes. Pour l’avoir oublié, ou ne jamais l’avoir su, George Bush Jr et ses soutiens ont gravement fauté lorsqu’ils proclamaient « mission accomplie » dés la fin de l’opération initiale d’intervention sur un théâtre qu’ils devaient en fait ensuite pacifier avant de parvenir à cet état de paix pour eux bénéfique. Trop confiants dans la technologie, sourds aux avertissements d’esprits avertis, négligeant les spécificités culturelles propres à la région, ils ont également oublié que la guerre, et la violence crue qu’elle déchaine, possédait une vie propre et qu’on ne réveille pas ces forces sans craindre qu’elles ne finissent pas échapper à tout contrôle.

Tout homme d’Etat qui s’apprête à ordonner de mettre en branle la mécanique de l’affrontement armé devrait méditer les sages paroles de Churchill :

« Apprenons nos leçons. Ne pensez jamais, jamais, jamais, qu’une guerre peut être facile et sans surprise ou que quelqu’un qui s’engage dans cet étrange voyage peut vraiment estimer les marées et les ouragans qu’il va rencontrer ; (…) l’homme d’Etat qui cède au démon de la guerre doit savoir que, dés que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».

Pour en revenir aux élections américaines, et à leurs conséquences sur les déploiements actuels de leurs forces, espérons simplement que la sagesse l’emportera sur la passion, faisons confiance à la sagacité des électeurs et des candidats, et souhaitons que l’effroyable immolation de tant de vies humaines, depuis le 11 Septembre jusqu’à l’Irak d’aujourd’hui, nous servira à tous de leçons pour l’avenir. A tous, c'est-à-dire aussi à nous, européens qui nous croyons bien malins, loin de ce bourbier, mais dont certains dirigeants, dans le même temps, sentent parfois la démangeaison irrésistible d’utiliser la force les prendre pour de plus ou moins bonnes raisons.

Lorsque nous voulons tirer le glaive, mesurons en toutes les conséquences et sachons voir au-delà de la posture et de l’immédiateté du geste initial. Ces constantes de la guerre que sont l’incertitude, le brouillard, la friction qui polluent les actions bien huilées de la force sont déjà des adversaires redoutables. Y ajouter en sus l’absence de vision sur l’état de paix que nous recherchons in fine est une faute conceptuelle qui entraine les pires déconvenues.

A la guerre, mal agir, mal commander, ne pas prévoir, refuser de voir, ne pas s’adapter sont pires que des fautes. En ces matières, plutôt que de mal faire mieux vaut ne pas faire ou faire autrement.

Comme le disait déjà Sun Tzu :

« Si tu ne peux pas réussir, n’utilise pas tes soldats ».

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Mais dés fois, l'inaction est la pire des fautes...

François Duran a dit…

Il va de soi que mon propos n’est pas de prêcher l’inaction mais de savoir agir de manière cohérente pour parvenir de la manière la plus sure à l’objectif. La puissance engendre de grandes responsabilités et celles-ci doivent être prises en toute connaissance de cause.
L’action pour l’action est vaine si elle ne s’accompagne pas d’une saine réflexion : réfléchissons avant l’action, pour anticiper ; réfléchissons pendant l’action, pour nous adapter ; réfléchissons après l’action pour tirer les leçons de ce que nous avons fait et trouver ce que nous aurions pu faire mieux.
Cordialement.

Frédéric a dit…

En effet, pourtant dans le cas Irakien, avec tous les Thinks Thanks qui ont multiplié les reflexions depuis 1991, je ne comprent toujours pas comment les dirigeants politiques américains ont était aussi naif (voir l'entretien Aznar Bush avant l'offensive ou ce dernier déclarait que la l'administration solide Irakienne permettrait de faire marcher le pays).