dimanche 10 février 2008

LA DOCTRINE CONTRE-INSURRECTIONELLE SELON L’USMC.

UN EXPOSE DES NOUVELLES CONCEPTIONS DE L’UNITED STATES MARINE CORPS POUR LE TRAITEMENT DES MENACES IRREGULIERES.



Bien qu’ayant douloureusement subies les affres de la guerre « irrégulière » au Vietnam, une expérience si traumatisante qu’elle a peut-être engendré une réaction de rejet, les forces armées américaines, de facto principales opposantes de leurs homologues soviétiques dés la fin de la Seconde Guerre Mondiale, se sont traditionnellement concentrées sur le combat conventionnel de haute intensité. Cette volontaire et tenace orientation doctrinale a donné naissance à des moyens et à un mode d’emploi de la force qui a longtemps contenté responsables politiques et militaires, tous quasi unanimement persuadés qu’une approche technologiste et volontiers jominienne de la guerre basée sur la quête permanente de la dissymétrie était, somme toute, la réponse adéquate à l’ensemble des menaces susceptibles de surgir. La disparition de l’ogre soviétique n’a pas modifié la donne et les expéditions post guerre froide, la première Guerre du Golfe notamment, ont convaincu les décideurs US qu’ils tenaient bien la panacée en matière d’emploi de la violence[1]. Le fait qu’ils se soient contentés d’observer de loin les européens s’enferrer dans le bourbier balkanique, incapables de se démêler de règles d’engagements absurdes, et ne soient finalement intervenus que tardivement, victorieusement (du moins dans le sens où ils l’entendaient) et selon leurs conceptions traditionnelles, a renforcé ce sentiment de toute puissance jusqu’à l’ivresse. Car c’est une tendance tenace de constater que le vainqueur d’hier s’enferme volontiers dans un complexe de supériorité à terme dommageable pour les futurs combats, souvent fâcheusement imprévisibles, de l’après-demain[2].

Puis vinrent les attentats du 11 septembre et l’ire de l’Amérique s’abattit sur un adversaire qui ne ressemblait en rien à aucun de ceux qu’elle s’attendait à affronter : une nébuleuse à l’infrastructure insaisissable, au recrutement permanent et transnational, à l’idéologie féconde de futurs martyrs et dont les soldats ne portent pas d’uniformes. L’Afghanistan, déjà, était une opération difficile dont la victoire initiale, et le départ des Taliban de Kaboul, devait inciter à la prudence et à se préparer à une longue remise en condition du pays attaqué avant d’imaginer une sortie de crise acceptable. Hélas, une coalition de politiciens illuminés fort mal secondés par des stratèges de salon tourna soudain la force américaine, puissamment soutenue par la colère de la population, vers l’Irak et entreprit d’en chasser l’insolent dictateur local, une action qui, prêcha-t-on contre toute évidence, devait à elle seule non seulement pacifier le pays, de surcroit la région toute entière mais également assurer aux USA un confortable retour sur investissement sous la forme d’une rente pétrolière à bas prix. On sait ce qu’il advint de cette fable. En réalité, en plus du bourbier Afghan, dont l’histoire enseigne qu’il sait être épais, la première puissance mondiale allait s’enferrer dans un enfer sans nom, entre Tigre et Euphrate.

Là encore, l’effondrement rapide du régime honni ne se révéla aucunement une fin mais bien plutôt le lent et long commencement d’un processus difficile dont quasiment personne, parmi les stratèges étasuniens, n’avait pris la peine de prendre la mesure. Seul ou presque, sur le terrain, le général David Petraeus, alors commandant de la prestigieuse 101éme Division Aéroportée, lança un plan ambitieux, Démocratie 101[3], dans sa zone de déploiement : une série de mesures qui était un premier emploi in vivo, sur ce théâtre bien particulier, du concept de stabilisation désormais largement admis et intégré, notamment à la doctrine officielle française.

Mais les américains sont gens pragmatiques et, constatant que leur manière d’employer la force ne pouvait faire taire l’insurrection en Mésopotamie, ils chargèrent l’ingénieux général de rédiger un nouveau manuel à cet effet. Celui-ci, paru en décembre 2006, permit aux américains de revisiter Galula et Bernard Fall, entres autres, et d’officialiser le concept d’opérations de stabilisation, autant de « méthodes » qu’ils avaient oublié ou franchement ignoré lors même qu’elles sont aujourd’hui indispensables à toute armée occidentale se préparant à un long déploiement en terre étrangère et potentiellement hostile. Le manuel « Counterinsurgency », c’est explicite, est destiné aussi bien à l’Army qu’au Corps des Marines et il est d’ailleurs cosigné du lieutenant-colonel James F. Amos de l’USMC.

Pourtant, dés juin 2006, le Corps faisait publier son propre manuel sur le sujet, un document intitulé « Tentative manual for counterring irregular threats – An updated approach to counterinsurgency operations » et signé du colonel King. Mais alors que le texte de Petraeus a fait l’objet d’une assez large publicité, il a quelque peu éclipsé celui de l’USMC. C’est sur ce document que je voudrai revenir ici pour en souligner les grandes orientations avant d’émettre à son sujet quelques observations personnelles.

Note importante : le texte intégral (en anglais) peut-être consulté ici. Pour le résumé en français, je me suis basé sur un article du lieutenant-colonel Philippe Susnjara publié dans la revue « Doctrine » N°12 (mai 2007). La présentation figurant en première partie n’est ni une traduction littérale du texte originale, ni une reproduction mot à mot de l’exposé du lieutenant-colonel Susnjara (même si je lui ai emprunté quelques expressions essentielles). Si l’auteur ou des lecteurs avertis pensent que j’ai dénaturé les idées contenues dans le manuel en les présentant de la manière ci-après, qu’ils n’hésitent pas à me faire parvenir leurs remarques et corrections éventuelles.


1. Présentation du contenu :

Le manuel de juin 2006 veut à la fois aider le chef sur le terrain en lui offrant des méthodes applicables immédiatement sur son lieu de déploiement et servir de texte de référence susceptible d’orienter et/ou d’inspirer les travaux de tous ceux qui ont la charge de faire évoluer l’outil militaire par de nouveaux règlements, études, doctrines, etc.…

Il comprend deux parties principales : après avoir défini le concept il fixe des lignes d’opération, au nombre de six, qui doivent permettre une action contre-insurrectionnelle cohérente sur le terrain.


1.1. Le concept :

D’entrée, le manuel rappelle que les « menaces irrégulières », qui s’opposent aux menaces « traditionnelles » ou « conventionnelles », non seulement ont toujours existé mais sont même devenues le contexte principal où les forces armées américaines sont d’ores et déjà engagées et interviendront dans l’avenir. Or, l’approche « classique » prévaut encore aujourd’hui au sein des armées américaines, à contre-courant des réalités du terrain dominées par les actions contre-insurrectionnelles.

L’insurrection, qu’évoque le manuel sans en donner de définition formelle, se développe sur une situation, un terreau favorable (misère économique, faiblesse étatique, occupation étrangère, insuffisance de l’état de droit), et sous l’influence d’un élément actif ou déclencheur, acteurs locaux non étatiques qui recourent volontairement à la violence pour détruire et progressivement remplacer ce qui tient lieu d’autorités. La tâche des forces en COIN est donc double : éliminer les agents catalyseurs (noyau dur de l’insurrection) et améliorer la situation générale de la population pour supprimer peu à peu la fertilité du terreau insurrectionnel.

La population constitue le centre de gravité de l’action contre-insurrectionnelle : c’est elle qui constitue l’enjeu du combat pour le rétablissement ou l’affermissement d’une légalité librement reconnue par elle. La force manœuvre en son sein, pour son bénéfice, et doit donc en permanence intégrer ses préoccupations et convictions dans ses actions.

La complexité du milieu contre-insurrectionnel oblige les intervenants militaires à respecter des impératifs indispensables : la claire définition de l’état final recherché, l’intégration de ce but chez tous les intervenants impliqués dans l’engagement contre-insurrectionnel (communauté de vision), la cohérence des actions dans le but d’atteindre l’objectif final (coordination des efforts).

D’emblée, les opérations militaires sont considérées comme essentielles mais non pas suffisantes pour enrayer le phénomène insurrectionnel dans son ensemble. Le concept envisage donc une approche globale comprenant six lignes d’opération :

- Les opérations de combat.

- L’entraînement et le conseil des forces de sécurité de la nation hôte.

- Le rétablissement des services de base.

- La promotion de la bonne gouvernance.

- Le développement économique.

- Les opérations d’informations.

Les immenses capacités d’adaptation des opposants face aux actions de la force et le caractère changeant des attentes et du soutien des populations (qui varient en fonction de la réussite des initiatives bénéfiques ou de leur mise en échec par les insurgés) imposent une attitude d’adaptation permanente des forces contre-insurrectionnelles qui doivent sans cesse s’efforcer de saisir puis de conserver l’initiative. Trois voies sont préconisées pour permettre l’achèvement de cette quête de l’efficacité maximale : un équilibre harmonieux entre les différentes lignes d’opération, la définition de critères de succès et autres indicateurs d’évaluation de la situation ; enfin, un processus itératif permettant la remise en question et l’adaptation des actions en fonction des situations rencontrées.


1.2. Les lignes d’opération :

1.2.1. Les opérations de combat :

Placés dans le double cadre de la protection des populations et de l’isolement de l’insurrection, les opérations de combat sont nécessaires mais leur emploi au sein de la population (et à son profit) impose des contraintes afin qu’elles ne deviennent pas contreproductives. L’USMC retient le concept de désescalade qui implique l’utilisation de la « force juste nécessaire ». Ce type d’opérations ne peut être réalisable sans une parfaite connaissance de la zone (environnement politique, culturel, social et politique) ainsi qu’une claire vision de l’objectif politique à atteindre. Ainsi, le manuel préconise l’emploi de petites unités (niveau compagnie au plus) évoluant au contact direct des populations : les actions se dérouleront ainsi dans un environnement connu de la troupe et pourront être suffisamment ciblées pour rester efficaces sans perturber les éléments amicaux ou neutres qui vivent sur place.

S’appuyant lourdement sur des unités de taille réduite, cette conduite des opérations suppose une amélioration notable des capacités tactiques et techniques de ces dernières : développement du savoir-faire au niveau groupe et section, autonomie accrue des chefs d’éléments, besoins nouveaux dans la gestion des feux directs et indirects, dans les domaines du commandement, de la mobilité terrestre, de la logistique et du renseignement tactique.

Ces réflexions s’inscrivent clairement dans le concept de « distributed operations » (opérations décentralisées) cher au Marine Corps.

1.2.2. L’entrainement et le conseil des forces de sécurité de la nation hôte :

Comprend la formation, l’entrainement et l’équipement des forces de sécurité locales, à terme destinées à remplacer la force.

Si une unité spéciale la Foreign military training unit (FMTU) existe déjà au sein du Marine Corps special operations comand (MARSOC), l’objectif est bien que toutes les unités de Marines puissent réaliser ce type de missions en adaptant la formation dispensée aux particularités spécifiques de la zone où ces futures forces de sécurité seront amenées à travailler.

1.2.3. Le rétablissement des services de base :

Etape essentiel du retour à une vie normale, le rétablissement des services « primaires » a un impact directement vérifiable sur les populations locales. La force doit identifier, quantifier et prioriser les besoins avant d’entreprendre leur réparation ou leur retour. Ceci concerne, entres autres, la nourriture, l’eau potable, l’énergie et un soutien médical de base.

1.2.4. La promotion de la bonne gouvernance :

Deux actions complémentaires se regroupent en fait sous ce titre :

- Le rétablissement d’un système légal fondé sur l’autorité de la loi.

- La constitution ou le rétablissement d’une bureaucratie capable de relayer localement et de faire respecter ce système.

Précision importante : les forces d’interposition ne doivent pas chercher à imposer un système occidental qui irait à contre-courant des traditions locales et/ou des modèles existants. Lors des opérations coercitives (arrestations, perquisitions, jugements, emprisonnements), la force, tout comme les unités de sécurité formées par elle, se conformeront scrupuleusement aux lois mises en place. La lutte contre la corruption des représentants locaux est un des attributs de la force.

1.2.5. Le développement économique :

La misère économique, le chômage, nourrissent l’insurrection en causant désœuvrement et frustrations. Un retour à la normalité passe donc par l’existence d’une économie qui se développe et génère revenus légaux et emplois. Les interventions de la force revêtent, en ces matières, la forme classique des actions civilo-militaires. Il est préconisé que le domaine économique soit pris en compte par les décideurs militaires à tous les niveaux de la hiérarchie pour avoir une compréhension globale de la situation de chaque zone.

1.2.6. Les opérations d’information :

Le champ psychologique n’est pas oublié et les opérations d’information doivent satisfaire à deux objectifs :

- En interne, maintenir un moral élevé de la troupe dans un contexte difficile tout en lui apportant tous les éléments nécessaires à une excellente compréhension de sa mission sur le terrain.

- En externe il s’agit plus classiquement d’isoler les insurgés et d’influencer positivement la population en communiquant sur les actions du gouvernement et de la force.

Point important : ces opérations ne doivent pas être utilisées pour des initiatives de déception afin de ne pas brouiller le message et de ruiner les efforts consentis. C’est donc une parole de vérité (positive bien sur) qui est privilégiée.


2. Quelques remarques :

Le contenu de ce manuel ne semblera pas révolutionnaire aux militaires français, voire européens, historiquement habitués aux missions de « basse intensité », interposition, maintien de la paix voire, plus en arrière, aux combats qu’ont engendré les colonisations et décolonisations successives. Du reste, il se rapproche fort, sur le fond, des conceptions françaises traditionnelles désormais formalisées dans le nouveau document de référence doctrinal.

Sur la forme, il reste incontestablement « américain » en ce qu’il adopte une approche néo-clausewitzienne (la prise en compte du caractère éminemment politique et social de la guerre désormais le fait, non plus d’états constitués, mais d’acteurs aux contours flous et qui mènent un combat asymétrique) tout en proposant des solutions (les lignes d’opération) jominienne. Cette dualité de la doctrine américaine, déjà sensible dans leurs réflexions sur la guerre symétrique, perdure dans ce manuel.

Ce qui peut, en revanche, frapper le lecteur c’est l’approche nouvelle, quasiment révolutionnaire pour le Marine Corps, des opérations de combat. Cette unité historiquement et organiquement dévolue à l’assaut d’urgence envisage désormais, si ce n’est la retenue, du moins l’usage de la « puissance juste nécessaire » et l’installation de la force inscrite sur le temps long au sein des populations. Le « first in, first out » semble donc avoir vécu, du moins dans le contexte contre-insurrectionnel, tout comme l’overkill, une conception de l’usage à outrance du feu qui va finalement à l’encontre du but poursuivi.

Au-delà de ces observations, deux points sont à relever car ils représentent une évolution qui touchera l’ensemble des forces amenées à intervenir dans un contexte de stabilisation, éventualité la plus probable dans l’avenir : la mise en évidence du rôle croissant des petites unités, et les conséquences que cela entraîne ; en creux, on perçoit également la nécessité de disposer de troupes terrestres suffisamment nombreuses pour permettre une occupation efficace et nécessairement longue du terrain.


2.1. Le « caporal stratégique » plus que jamais d’actualité :

Assez étrangement (ou pas, d’ailleurs…), plus la guerre se complexifie, plus elle échappe aux généraux et planificateurs pour devenir l’apanage des colonels, capitaines, sergents et caporaux. L’action au sein des populations, la nécessité de connaître avec précision les besoins, les soutiens et les opposants de la zone sur laquelle on stationne couplées aux exigences imposées par une médiatisation immédiate et à l’impact instantané impose de lourdes contraintes aux petites unités et à leurs chefs.

Ce rôle croissant confié, volontairement (pour plus d’efficacité) et par nécessité (puisque la force évolue constamment au contact des civils qui la juge et des média qui répercute ses éventuelles erreurs), aux petites unités oblige à une sérieuse formation pour qu’elles puissent accomplir des missions extrêmement variées dont la transition de l’une vers l’autre s’effectue parfois dans un laps de temps très court (la fameuse « three block war »). De toute évidence, dans le contexte contre-insurrectionnelle, il faut raisonner en terme de sections ou de pelotons plus qu’en celui de divisions ou de brigades pour obtenir un résultat durable. L’homme en guerre n’est plus un combattant anonyme perdu dans une foule d’autres soldats accomplissant repétitivement les mêmes taches : son sens moral, son jugement, son humanité (et donc, aussi, ses défaillances) prennent une importance déterminante dans sa façon d’agir et, de fait, sa capacité à emporter la victoire ou pas.


2.2. Des forces terrestres en nombre pour une implication durable :

Une telle approche nécessite des forces terrestres à la fois nombreuses et capables de s’implanter durablement sur un terrain dont la connaissance théorique va s’enrichir des contacts avec la population. Cette « sédentarisation » des unités, indispensables à la réussite du projet, qui appliquent harmonieusement les lignes d’opération prescrites dans le manuel, permet la mise en place d’un processus de pacification en « tâche d’huile » bien connue des militaires français depuis Lyautey.

A l’origine, et avant que les acteurs locaux de sécurité puissent assurer la relève, on imagine donc un essaimage de petites unités largement décentralisées, autonomes en grande partie et dont chaque composant est averti de l’importance de la mission qu’il mène. Entre elles, ces pions interagissent pour que les effets locaux s’additionnent afin d’aboutir à l’amélioration de la situation globale.


CONCLUSION : UNE REVOLUTION POUR L’USMC ?

Les recommandations de ce manuel ont de quoi introduire de sérieux changements dans la culture, dans la formation et dans la conduite des opérations du Corps des Marines : nous sommes ici bien loin de Full Metal Jacket et de l’imagerie populaire du guerrier professionnel qui traverse en dévastant sa zone de combat ! Il est assez vraisemblable que sa mise en œuvre se heurtera à des réticences, des blocages et/ou à une inertie retardant voire compromettant sa mise en œuvre. Tout du moins loin des théâtres d’opération où certains « gardiens du dogme » peuvent considérer avec méfiance toute évolution de la doctrine traditionnelle d’emploi des forces d’assaut amphibie de l’Oncle Sam.

Sur le terrain, en revanche, il y a fort à parier que ce manuel rencontre un écho très favorable auprès des officiers et sous-officiers qui, confrontés aux réalités complexes de la guerre contre-insurrectionnelle, ont déjà entamé spontanément, de manière proactive, une salutaire remise en question, comme ce fut le cas à Falloujah notamment[4].

Pour ce qui est de l’armée française, qui a déjà largement intégré bon nombre de principes énumérés ici, sans doute doit elle persister dans la voie des opérations décentralisées et admettre, mais cela relève plus d’une décision politique, qu’en matière de COIN la quantité et la qualité sont indispensables : des troupes polyvalentes mais peu nombreuses ne peuvent encadrer suffisamment un terrain complexe pour espérer pouvoir le contrôler durablement. En stabilisation, pour reprendre un mot célèbre, la quantité est aussi une qualité en soi.


[1] Le général Vincent Desportes note à ce propos dans son dernier ouvrage : « Plus on est doué dans un savoir-faire, plus on se persuade aisément de l’utilité de persister dans sa propre voie » in « La guerre probable » p. 21.

[2] Jean de la Fontaine, dans sa fable « Les deux coqs », signalait déjà cette cruelle évidence par ces vers :

« Tout vainqueur insolent à sa perte travaille,

Défions nous du sort et prenons garde à nous

Après le gain d’une bataille. »

[3] Pour plus de précisions sur Démocratie 101, le lecteur pourra se reporter à l’article publié à ce sujet sur ce site.

[4] Pour un récit complet et précis de la bataille de Falloujah, le lecteur se reportera avec intérêt au numéro spécial des cahiers du RETEX : « Les fantômes furieux de Falloujah ».

5 commentaires:

Stéphane T a dit…

Bien vu. J'ai fourni une courte analyse de ce document dans mon mémoire de M2 et surtout dans un article soumis à publication pour la Revue Française de Sciences Politiques. L'article du LCL SUSJNARA est intéressant à plus d'un titre. J'ajouterais juste un point "historique": ce manuel, voulu par James MATTIS, me semble être la preuve que le Corps est véritablement devenu l'institution "pensante" et "expérimentante" des EU depuis la tenure du Commandant du Corps (CMC) Charles Krulak (1996-1999). L'Army continue de dominer le processus doctrinal interarmées comme le suggère le FM 3-24: cela a beau se présenter comme un manuel commun, vous admettrez assez facilement qu'il s'agit d'un FM "Army". Le Tentative Manual For Countering Irregular Threats (datant de juin 2006... soit contemporain de la révision du projet du FM 3-24 présenté au public en février) est donc propre à l'agenda "Marines".
Si d'autres documents vous intéressent concernant la réflexion de l'USMC, n'hésitez pas à me contacter via mon blog car ces éléments ne sont plus accessibles au public depuis mai 2007. Notamment, je pense à un Powerpoint présentant les nouvelles orientations de l'institution et l' intégration de la COIN (ou plutôt des défis face aux menaces irrégulières) au sein des concepts Marines.
En tout cas, les enjeux institutionnels et culturels sont importants aujourd'hui au sein des Marines: ainsi ce manuel entre dans les débats actuellement en cours pour équilibrer le "coeur de métier" expéditionnaire et amphibie et la "tradition" des petites guerres (je mets des guillemets car ces deux éléments sont des construits sociaux). Un nouveau concept est actuellement en cours de travail au sein de l'USMC à la demande du CMC CONWAY. Ce bonhomme est surprenant: d'un côté il a participé à OIF I à la tête de la MEF, de l'autre il semble regretter l'engagement excessif des Marines en COIN puisque il a demandé en octobre (puis à nouveau en janvier) de déployer les Marines d'Anbar pour des opérations de combat en Afghanistan. Récemment il vient donc de demander que ses Marines "connaissent vraiment ce qu'expéditionnaire veut dire". Mon interprétation: toujours la même schizophrénie du Corps (vouloir une mission "sexy", avoir les missions "ingrates"... et cela dure depuis 1 siècle déjà!!)
Désolé pour ce commentaire un peu long mais il permet utilement de replacer ce texte dans son contexte. Et puis je suis historien, alors j'adore raconter des histoires :)
Cordialement
Stéphane TAILLAT
PS: ah oui, je viens de poster sur les CLC en Irak et, par ailleurs, sur ce document il pourrait être important de parler de la cohérence des "lignes d'opérations", ce qui est la véritable nouveauté de ce manuel. Et puis tiens! dernière remarque de contexte. Savez-vous où Mattis et les Marines sont aller chercher ce modèle de lignes d'opérations simultanées: chez le général Peter Chiarelli qui a publié en article dans Military Review (en juillet 2005 je crois) pour parler de son expérience à Bagdad avec la 1st CAV qu'il commandait... Cet article fournit un schéma tout à fait semblable à celui du Tentative Manual....

Ozymandias(aka ZI) a dit…

Pourriez vous m'expliquer ce qu'il y a de novateur dans le concept de "ligne d'opérations"?

Car vue de loin, on sent en terrain connu.On a la désagréable impression que quelqu'un réinvente la roue.

François Duran a dit…

Merci infiniment, Stéphane, pour toutes ces précisions.
Aux lecteurs qui ne connaitraient pas encore le blog de Stéphane Taillat, En Vérité, je recommande vivement une visite : c’est actuellement « le » site de référence francophone sur le phénomène de la stabilisation, plus particulièrement en Irak. Vous y trouverez une somme d’informations particulièrement intéressantes présentées de manière accessible et fréquemment mises à jour.
Je vais d’ailleurs y faire un tour de ce pas pour recueillir la documentation proposée par Stéphane.
Encore merci et bonne continuation.

François Duran a dit…

Bonjour Ozymandias (aka zi),
Ce n’est pas le concept des lignes d’opération qui est novateur, il est constamment utilisé par toutes les armées du monde, mais bien ce qu’il contient…
En l’occurrence, pour l’USMC, la poursuite dans les opérations décentralisées, une meilleure prise en compte du COIN comme une démarche systémique, et non plus seulement militaire, la « relativisation » de la puissance de feu comme seule moyen de faire (et surtout de gagner) les guerres actuelles… Bref, pour une unité traditionnellement tournée vers l’assaut brutal et l’exploitation rapide, une nouvelle vision des opérations qui intègre le temps long, l’importance primordiale de la variable « population » et toutes ces conceptions doctrinales qui font passer le Corps dans un contexte de gestion des crises asymétriques, traditionnellement sous étudiées par ses penseurs.
Cordialement

Stéphane T a dit…

En fait, ce qui est novateur à l'époque (2005-2006) est la prise en compte de la simultanéité des Lignes d'opérations. Cela sent le déjà vu parce que c'est plus logique dans le contexte des forces armées européennes (ou du moins françaises)
Cordialement
ST