Jean-Dominique
Merchet, toujours aussi bien informé, annonce sur son blog l’envoi de renforts français au pays de l’insolence sous la forme d’un bataillon (700 hommes) de la 11éme BP. Cette décision devrait être annoncée officiellement lors du prochain sommet de l’OTAN, qui se tiendra à Bucarest du 2 au 4 avril prochain. Même si elle ne constitue pas vraiment une surprise, les appels du pied des alliés et plus particulièrement des américains se faisant de plus en plus pressant, cet engagement terrestre accru des forces françaises, et non plus seulement à Kaboul mais dans le sud du pays, chaudron islamiste où les armées occidentales rencontrent les pires difficultés, appelle quelques commentaires.
Précisons tout d’abord, car il faut parfois rappeler l’évidence et même la marteler tant elle peine par moment à imposer son implacable vérité, que la guerre contre les Taliban en Afghanistan est une guerre « utile », nécessaire, que nous devons mener et gagner car elle participe à cette défense de l’avant, seule à même d’assurer notre sécurité globale sur le long terme. Il est en effet vain de croire qu’on peut laisser impunément se développer un foyer islamiste de grande envergure dans cette région stratégique en s’imaginant benoitement que ce dernier ne viendra pas un jour nous menacer. Apparemment, les leçons du 11 septembre n’ont pas encore été intégrées par tous. Quant à l’argument, d’une effrayante pusillanimité, qui stigmatise ce renforcement sous prétexte qu’il va attirer sur nous l’ire des fanatiques poseurs de bombes, il se heurte à deux simples évidences : d’une part, la France, quoi qu’elle dise ou fasse, représentera toujours une cible de choix pour des adversaires aussi acharnés et hermétiques à toute raison autre que la leur. Notre histoire, la colonisation notamment, et notre essence même, la laïcité et toutes les autres valeurs qui nous sont chères, nous désignent comme un adversaire « naturel » des fondamentalistes, guerre d’Afghanistan ou pas. D’autre part, et puisque nous sommes visés de toute manière, il faut toujours mieux aller au devant de l’adversaire, sur son terrain et tout en protégeant le nôtre avec vigilance (les services de sécurité intérieur le font et le font bien), qu’attendre avec indolence, derrière les hauts murs de nos illusions, qu’ils finissent par trouver la faille. Une forteresse est faite pour être prise. Mieux vaut, en définitive, détruire l’ennemi là où il pousse qu’espérer qu’il nous épargnera une fois devenu grand.
Ceci étant dit, on peut accepter la nécessité de se battre et les risques que cela comporte tout en nourrissant de sérieux doutes sur la « manière ». Car une guerre, et c’en est une, arrêtons de nous cacher les réalités de ce conflit et ayons le courage, personnel et collectif, d’appréhender cette situation pour ce qu’elle est vraiment, réclame, si on souhaite la mener efficacement, le respect de certaines règles élémentaires qui semblent avoir été oubliées, si tant est qu’elles furent un jour apprises, par certains de nos décideurs politiques.
1. Fin, voie, moyen : des variables à connaître et à adapter.
On ne se lance pas en COIN, dans un pays lointain et dangereux et dont l’issue est déterminante pour notre future sécurité collective, comme on se rend à l’anniversaire d’un collègue de travail sympathique mais un peu lourd : en trainant les pieds et le regard rivé sur sa montre tout le temps que dure la pénitence obligée. Toute opération militaire, par définition couteuse en argent et souvent en hommes, nécessite une solide préparation qui passe par l’étude et l’établissement de principes fermes sur ces trois points essentiels : les fins, les voies, les moyens.
Idéalement, cette opération se fait avant le déploiement ; au pire, on s’adapte mais jamais, au grand jamais, on ne laisse le flou régner durablement dans ces domaines. A contrario, il ne s’agit pas non plus de se fixer des règles immuables dont on ne déviera pas d’un pouce, et ce plus surement encore lorsqu’on évolue dans le contexte flou et mouvant de la stabilisation qui nécessite un effort d’adaptation permanent. Les lignes qui relient fins, voies et moyens et les font s’interpénétrer se remplissent et changent en fonction des enseignements reçus, selon un processus itératif qui impose au stratège de constantes réflexions et remises en cause dont les fruits se répercuteront visiblement sur le terrain.
Comme on le voit, tout ceci n’est pas simple mais cette complexité n’est en fait qu’un leurre car, finalement, on s’adapte facilement dans l’action et lorsqu’on est mu par la volonté de réussir raffermie par des principes et une culture solidement établie.
Force est de constater que les fondations de ces trois piliers essentiels souffrent de faiblesses structurelles dommageables à nos actions conjointes en Afghanistan : quelle était notre objectif initial ? En quoi a-t-il évolué ? Quel est-il aujourd’hui ? De même, les moyens mis à la disposition de nos forces doivent s’adapter à la réalisation de l’objectif qui a lui-même peut-être changé en fonction de l’évolution de la campagne. Quant aux voies choisies pour parvenir à nos fins, elles sont également déterminantes en indiquant à la force ce qu’elle peut, ce qu’elle doit et ce qu’il lui est interdit de faire.
Commençons par répondre à ces questions clés en poursuivant ensuite la réflexion en fonction des enseignements reçus et nous aurons déjà une idée plus juste de la tâche déjà accomplie et du chemin restant à parcourir. Fins, moyens et voies s’entremêlent et, si on les maitrise bien, permettent une avance harmonieuse dans une dynamique de victoire.
2. Nous sommes en guerre : le savons nous ?
Comprenons-nous cette guerre ? Voulons-nous la gagner ? Plus crument, savons-nous qu’elle existe ?
Ces trois questions renvoient, très schématiquement, à la trinité clausewitzienne qui détaille le moteur de la nation en guerre, ce qui fait sa force et décuple la dialectique des volontés : armée, gouvernement, population. Qu’un seul de ces trois pôles « décroche » ou fasse défaut et c’est toute la mécanique militaire potentiellement victorieuse qui se met à tourner à vide et finit par s’effondrer, aussi puissants les deux autres puissent-ils sembler à première vue. C’est le devoir des autorités suprêmes que de bander les efforts de la trinité toute entière vers le but poursuivi. Si cette tâche n’est pas accomplie, si elle n’est pas convaincante, mal comprise ou ignorée, le but ne sera pas atteint.
Plus concrètement, et pour en revenir à notre engagement en Afghanistan : les militaires comprennent-ils cette guerre ? Le gouvernement veut-il la gagner ? La population est-elle au courant de son existence ? Ces questions peuvent sembler incongrues mais des réponses qu’elles entrainent dépendent la validité de notre engagement militaire car les trois composantes de la trinité sociétale doivent obligatoirement comprendre et valider le rôle qui est respectivement le leur : pour les armées, entendre et mener de manière adéquate une guerre d’un type particulier ; pour les dirigeants, définir des fins, obtenir des moyens et désigner les voies adéquates ; pour la population, soutenir dans la durée l’effort exigé par l’acceptation claire des enjeux.
On le sait, les militaires français sont sur la bonne voie, tant en ce qui concerne l’entrainement que la doctrine. Pour le reste, l’objectif général, les moyens et le soutien, tout dépend de la bonne volonté gouvernementale et de ses efforts pour convaincre la population que la guerre doit être menée et qu’elle peut être gagnée. On touche, ici, et à nouveau, aux difficultés, voire aux réticences, qu’ont certains dirigeants à communiquer et à le faire avec talent sur les opérations militaires. Le contexte particulier de l’Afghanistan encourage peut-être encore plus cette tendance à ne pas parler des affaires de défense aux simples citoyens, une nécessité pourtant plus que jamais essentielle en ces temps où le lien armée-nation à tendance à se distendre.
CONCLUSION :
De mon point de vue, il est bon que la France envoie des renforts en Afghanistan. Mais des troupes supplémentaires, à elles seules, ne peuvent assurer une victoire incertaine si elles ne disposent d’un solide soutien politique et populaire, tant de la part des autorités locales que métropolitaines. Les critiques qu’on peut entendre ou lire sur ce nouveau déploiement sont d’ailleurs plutôt le résultat d’une information insuffisante trop parcimonieusement distribuée que d’une opposition viscérale. Nous avions eu l’occasion, avec Joseph Henrotin, de discuter ici de la communication de l’armée colombienne sur sa stratégie contre-insurrectionnelle et il défendait, à juste titre, les atouts d’une bonne communication pour emporter l’adhésion des opinions publiques. Toute proportion gardée, un effort similaire pourrait être accompli par le gouvernement français afin de maintenir les citoyens au courant de ce qui se joue au pays de l’insolence, qu’ils prennent conscience que les troupes déployées là bas participent directement à notre sécurité collective, dans nos villes.
Cela passe tout d’abord, pour les décideurs politiques, par une compréhension claire des enjeux, des objectifs poursuivis et des moyens qu’on est prêt à mettre pour l’atteindre, suivie d’une communication habile dirigée vers la population.
Les militaires français, et leurs alliés, peuvent participer à l’amélioration de la situation là-bas : ils ont les compétences et le savoir-faire nécessaire. Offrons leur, en sus, la certitude, lorsqu’ils partent au loin, qu’ils sont soutenus par « l’arrière » et dirigé par des responsables politiques concernés qui ne les envoient pas seulement se battre pour satisfaire leurs alliés, sans vision à long terme ni cohérence stratégique.














8 commentaires:
Tout à fait d'accord avec le dernier point sur la communication. Les opérations sur l'information et les opérations militaires d'influence doivent également viser les militaires et la population de la métropole. C'est la base de la cohérence de la trinité clausewitzienne!
Le problème est que nos contemporains et concitoyens se considèrent en paix: ils n'ont pas encore saisi (et pourtant toutes les années 1990 auraient du le leur faire comprendre) que la discontinuité stratégique Guerre/Paix, de même que la discontinuité tactique Intervention/Stabilisation, n'ont plus lieu d'être.. Nous sommes en guerre. Mais il est difficile de l'accepter dans nos sociétés prétendument (et souvent auto-proclamées) post-héroïques dans lesquelles il est parait inconcevable de faire la guerre sans haïr l'adversaire!
Cordialement
Stéphane TAILLAT
Bonjour Stéphane,
Effectivement, la guerre, la guerre « probable » pour reprendre l’expression de Vincent Desportes, c'est-à-dire également les opérations de stabilisation complexe que nous connaissons aujourd’hui, a profondément changé, non pas de nature, qui reste l’affrontement violent des volontés, mais de modes d’expression, d’acteurs et de continuité temporelle.
Trop souvent, nos contemporains pensent à la « grande guerre », classique et opposant des adversaires de composition identique jusqu’à la victoire finale et acceptée par l’autre de l’un des intervenants, comme seule vraie expression de la guerre. Tous les autres affrontements violents, qui échappent de fait à cette définition simpliste, sont ignorés et/ou négligés puisqu’ils ne rentrent pas dans un schéma conceptuel connu. Par exemple, la première phase d’Iraqi Freedom, qu’on soit d’accord avec sa nécessité ou pas, était comprise par le public occidental parce qu’elle présentait le schéma classique de la démocratie en armes luttant et renversant un dictateur présenté comme l’incarnation confortable du « Mal ». La suite des événements, en revanche, échappant aux conceptions « traditionnelles » de la guerre, apparait à beaucoup comme un chaos sanglant sans queue ni tête. Dés lors, le réflexe primaire, qu’on retrouve en France dans certains commentaires sur notre implication en Afghanistan, est : mais qu’est ce que nous fichons là ? Fuyons le plus vite possible et laissons-les se débrouiller !
Maintenant, pour en revenir à la communication, les penseurs militaires ont adapté leurs réflexions et élaborent des doctrines convaincantes qui mettent de l’ordre dans ce chaos apparent. L’enjeu est désormais de faire passer ces nouveaux schémas dans l’opinion publique, via le politique et les relais médiatiques. La tâche, incontestablement, est lourde mais indispensable si on souhaite préparer efficacement la population à appréhender et à soutenir les actuelles et futures formes de conflit.
Mais c’est un bien vaste programme, comme dirait l’autre.
Cordialement.
Bonsoir Gents,
De fait, nous sommes dans une situation post-paradigmatique, l'instant fugace où quelque chose de nouveau se dessine. Si je suis absolument d'accord sur l'analyse - la défense de l'Europe se joue quelque part du côté de Kandahar - que ne partagerons sans doute pas beaucoup de nos concitoyens, il me semble pourtant nécessaire de rappeler Clausewitz à la rescousse.
Non dans son rapport aux guerres totales, mobilisatrices et "simplificatrices" mais dans son rapport à la mobilisation de certains segments dans l'ensemble des sociétés.
C'est ce que j'appelais la "guerre sociétale" dans Au risque du chaos (son chapitre sur le néo-clausewitziannisme, qu'il serait intéressant de compléter), en opposition à la guerre totale. Au final donc, attendons nous à ce qu'un tiers de la population soit en faveur de telles interventions, un autre contre... et le troisième totalement indifférent ;o)
Et c'est là que se jouera la légitimation d'opérations dont nous aurons besoin. Et hop, retour à la communication ;o)
J'ajouterais que je pense qu'un des aspects souvent négligé de l'asymétrie git dans cette situation: cette guerre est "totale" pour les insurgés, les rebelles, ou les membres de factions; pour les occidentaux elle est contrainte juridiquement et politiquement.
Bon courage Joseph! (je serai en manoeuvre le 18 mais je confierai tout cela dans la prière :))
Stéphane
Cher Joseph, cher Stéphane,
Voilà des réflexions de très bon aloi et qui résonnent doucement à mes oreilles…
La référence à Clausewitz est d’autant plus bienvenue que je prépare actuellement un article sur deux ouvrages de Vincent Desportes (« Comprendre la guerre » et « Décider dans l’incertitude ») qui rappellent opportunément le caractère incontournable et intemporel de la vision de ce bon vieux Carl pour mieux appréhender les fondamentaux, finalement toujours prégnants malgré les modifications de façade, de la guerre.
Merci pour ces observations lumineuses et à bientôt pour d’autres cogitations…
Bien cordialement à tous les deux.
Je suis d'accord avec Joseph, dans le sens où une partie de la sécurité européenne se joue en Afghanistan. Mais il faut tout de même rester prudent. En effet, la guerre en Afghanistan peut être vue comme ayant 2 grands avantages dans la "guerre asymétrique": Premièrement, on nie un sanctuaire aux terroristes, à partir duquel ils peuvent proliférer et éventuellement lancer des attaques; deuxièmement, la guerre préemptive a un certain caractère de "dissuasion". Maintenant, les guerres en Afghanistan et en Irak forment des générations de jihadistes dont on entendra encore parler pendant des décennies, et qui vont former les générations suivantes grâce à leur incroyable expérience...
En outre, si l'objectif est de combattre "là-bas" plutôt qu'"ici", on peut logiquement se demander jusqu'où cette logique peut et doit être poussée. C'est concrètement l'un des points centraux du dernier rapport de la RAND dont j'ai parlé sur mon blog: les états islamistes au bord de la rupture sont nombreux, et il est impossible d'être partout à la fois ni de se déplacer d'une région à l'autre étant donné que les opérations de contre-insurrection s'étalent sur plusieurs années.
Enfin, les resources déployées dans l'offensive sont des resources qui ne peuvent être déployées dans la défensive. Il y a donc lieu de réfléchir au coût marginal de l'investissement de chaque resource: offensive ou défensive?
Je ne dis pas qu'il faut abandonner l'offensive et tout investir dans la défensive. Cela serait stratégiquement intenable et, en plus, il est impossible de s'"immuniser" contre le terrorisme. Mais le débat doit être ouvert à ce niveau là. L'offensive, oui, mais sous certaines conditions.
Bien à vous,
Thomas.
Bonjour,
En préambule, j'aimerais une nouvelle fois souligner l'intérêt et la qualité des rélexions portées sur ce site.
En ce qui concerne l'Afghanistan et l'engagement de nos roupes, ma réflexion rejoint celle de Thomas Renard. L'idée de défense de l'avant a effectivement ses limites dans ce contexte. Certes, on peut penser qu'il vaut mieux combattre les terroristes islamistes là bas qu'en France. Toutefois, même si nous parvenons à éradiquer la présence talibane de ce pays, il y a fort à parier que les réseaux terroristes trouveront d'autres sanctuaires et terrains d'entraînement (Soudan, Mauritanie,...). Ensuite, pour apparaître crédible, il aurait sans doute fallu d'emblée traquer au sol les talibans jusque dans leur sanctuaire tout en mettant en place une politique ambitieuse de reconstruction politique et sociale. Ceci en mettant en place notamment un gouvernement provisoire crédible et non un personnage, ancien membre d'une société pétrolière américaine, qui accrédite l'idée d'une guerre "intéressée". Un engagement semblable aurait certainement causé des pertes sensibles au sein de nos troupes et exigé des moyens financiers colossaux. Nos dirigeants ne semblent pas prêts à consentir un tel investissement et à prendre un tel risque politique. De plus, l'adversaire totalement asymétrique (stratégiquement et tactiquement) jouit de la perspective de la durée.
Enfin, nous ne devons pas oublier les réalités liées à ce pays constituée d'une mosaïque d'ethnies (pashtouns, Hazaras, Tadjiks, Ouzbeks,...) où sont présentes les différentes tendances de l'Islam, avec deux langues officielles et qui ne dispose pas d'un continuum historique à même de lui procurer un référentiel politique et identitaire stable. En outre, ce pays est coincée dans un région à fort potentiel belligène (Iran, Pakistan,....)
Alors que faire ? Nous pouvons difficilement nous retirer précipitamment de ce pays sous peine d'être durablement décrédibilés aux yeux des Afghans et des réseaux terroristes. La solution passe encore peut-être par un soutien au profit du personnage politique qui présente le plus de garantie de stabilité, au détriment peut-être de la démocratisation du pays, ainsi que par un investissement massif mais limité dans le temps pour chasser les talibans et reconstruire. Mais nous ne devons pas nous bercer d'illusions, à l'heure des restrictions budgétaires militaires, un engagement durable paraît difficilement envisageable. En outre, il me semble difficile d'imaginer à moyen terme l'émergence d'un pays stable dans lequel les luttes armées de pouvoir auraient pris fin. Alors le jeu en vaut-il la chandelle ?
Cordialement,
Pierre
Bonjour à tous,
Thomas et Pierre viennent, à point nommé, rappeler quelques réalités qu’il ne faut pas écarter de l’équation sous peine de ne voir le problème que sous un seul angle : oui, la stratégie choisie par l’OTAN et les USA en Afghanistan fut, particulièrement à ses débuts, brouillonne et a favorisé la mise en place aux responsabilités de personnalités assez peu brillantes ; de même, nous avons gravement péché par optimisme et amateurisme en prétendant imposer à la mosaïque afghane un modèle démocratique qui ne correspond ni à ses traditions ni, probablement, à ses envies ; non, l’envoi des quelques renforts annoncés ne changera pas grand-chose à la situation sur place en particulier si les voies à emprunter restent toujours aussi mal définies et qu’une stratégie de sortie de crise globale n’est pas mise en œuvre avec énergie ; oui, nous devons tenir compte des limitations que nous imposent les restrictions en termes de moyens (budgétaires en particulier) et de temps qui nous reste à passer là-bas avant qu’une opinion publique excédée ne somme les décideurs d’organiser un rapatriement dans l’urgence et l’embarras.
Je reste pourtant convaincu qu’il faut rester pour l’instant et participer à la construction d’un gouvernement qui correspondra le mieux à la fois à nos intérêts et à ceux des afghans. La défaite ou l’abandon serait trop grave ne serait ce que parce qu’en plus de permettre la réinstallation d’un état ennemi, le trafic de drogue en plus, elles offriraient à certaines puissances spectatrices la preuve de notre impotence qui s’accommode mal de nos discours volontaristes. L’étalage de la faiblesse est le plus sur moyen de se faire de nouveaux adversaires en excitant des convoitises qu’une posture de force tranquille aurait suffi à tuer dans l’œuf. Il ne fait donc aucun doute, à mes yeux, qu’une action cohérente et efficace, modeste mais résolue, de ré étatisation en Afghanistan participe à cette défense de l’avant qui nous protège, au loin, de maux qui pourraient nous menacer demain à nos portes.
Maintenant, Thomas Renard soulève à juste titre la question de l’équilibre, exercice délicat, qu’il convient de conserver entre offensive et défensive. Sur ce plan, l’adaptation itérative et vigilante semble être la meilleure solution car une ferme certitude me parait présomptueuse, surtout dans le contexte actuel. Peut-être une partie de la réponse réside-t-elle dans la maxime de Napoléon : « Tout l’art de la guerre consiste en une défensive réfléchie et extrêmement circonspecte, suivie d’attaques rapides et audacieuses ». De même, Sun Tzu prévenait-il : « L’invincibilité repose dans la défense, la possibilité de victoire dans l’attaque ».
En tout cas, merci à tous d’enrichir ce débat, et nos réflexions, par la qualité de vos interventions.
Bien cordialement et à bientôt.
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