Une fois n’est pas coutume, pas de long développement de ma part aujourd’hui, mais plutôt quelques infos, des lectures, des liens pour s’informer et des compléments utiles à des thèmes déjà abordés ici.
Actualités :
- La DGA (Délégation Générale pour l’Armement) a remis hier son bilan d'activité pour l’année 2007. Celui-ci peut-être consulté en ligne. A lire pour se tenir au courant des dernières livraisons, commandes et développements en cours. Rappelons que l’exportation d’armements est aussi un bon indicateur de l’influence du pays dans le monde.
- La rédaction du très attendu Livre Blanc semble prendre plus de temps que prévu mais est-ce si surprenant si on prend en compte ce qui apparaît de plus en plus comme une inadéquation terrible entre les impératifs engendrés par une situation mondiale en évolution constante, les exigences formulées par le Président de la République et la volonté affichée de l’administration en place de réduire sensiblement les effectifs et le budget des armées. Cette quadrature du cercle et l’absence apparente d’une direction politique ferme inquiète. Jean-Dominique Merchet, dans un article de Libération, apporte un éclairage très instructif sur ce qui se joue en ce moment en coulisses. Les temps s’annoncent rudes pour la Défense française, un paradoxe à l’heure où les menaces asymétriques sont toujours aussi fortes et où le monde se réorganise, sur fond de course aux armements, dans un sens difficilement prédictible. Baisser la garde, ou ne pas poursuivre un effort conséquent dans ces domaines semble un choix hasardeux pour le présent et lourd de conséquence pour l’avenir.
- Tout prés de nous, en Belgique, une récente polémique illustre à merveille cette mauvaise prise en compte des réalités militaires et géostratégiques actuelles par certains politiques et les conséquences funestes engendrées par cet aveuglement sur des choix cruciaux en matière de Défense. Certes, le contexte est différent mais les erreurs en terme de représentation de ce qu’est la nature de la guerre, préalable indispensable à toute bonne prise de décision, sont bien les mêmes. Joseph Henrotin, animateur du blog Athéna et moi et docteur en science politique, prend la plume et publie un article dans la Libre Belgique pour rappeler certaines évidences en dressant un tableau brillant de la situation actuelle. Ce faisant, il remplit avec talent et honneur son rôle de citoyen actif qui n’hésite pas à alerter l’opinion publique et les décideurs sur les dangers d’une politique incohérente et dangereuse à terme. A lire absolument en souhaitant très fort que de nombreux Joseph Henrotin gaulois sauront faire preuve de la même verve érudite pour ramener dans le droit chemin le gouvernement s’il s’égare, ou au moins informer des citoyens soigneusement maintenus dans l’ignorance de ce qui se joue dans leur dos. Vaste programme, comme dirait l’autre…
Compléments :
- Pour les lecteurs qui ont aimé l’article du colonel Xavier de Woillemont « Libéralisme et obligation militaire » et les problématiques qu’il soulève, je signale un autre document intéressant, plus ancien (2003) et plus engagé politiquement (c’est son seul défaut) mais qui revient sur ces thèmes avec talent. Ecrit par Bertrand Lemennicier, économiste et professeur à l’Université Paris II, ce texte intitulé « La notion de guerre juste, revue et corrigée par le libéralisme » revisite avec habileté les contradictions de la doctrine libérale avec l’interventionnisme militaire sur fond de « jus ad bellum » et de « jus in bello ». Un article à consulter par pure curiosité intellectuelle, la démonstration est érudite et maline, sans forcément adhérer au propos général de l’auteur.
- J’avais publié il y a quelques mois deux articles qui constituaient une « Introduction à la pensée de René Girard, le penseur des mécanismes de la violence » (partie 1 et 2). Son auteur, qu’il soit remercié pour sa précieuse amitié, me signale un document qui montre que les militaires français s’intéressent aussi à son travail. Ainsi, le texte du chef d’escadron Maigne, « La violence et le mythe. Comment René Girard peut-il être utile aux militaires ? » est à la fois une bonne synthèse de la pensée girardienne et une présentation de ce que cette grille d’analyse des conflits peut apporter aux militaires en rappelant, notamment, que « l’usage de la pensée est la première des armes à utiliser ».
Voilà de saines lectures, certaines traitant de problèmes actuels, d’autres plus générales, qui informent et permettent d’affiner notre regard sur le monde tel qu’il va et comme il vient. Mais, si regarder, lire et étudier sont de belles et bonnes choses, elles ne suffisent pas à faire un homme complet, un citoyen actif. Il faut parfois, à l’image de Joseph Henrotin, savoir prendre la plume et la parole pour affirmer ses convictions et rappeler aux politiques qu’ils font fausse route. La Défense n’est pas l’affaire d’une poignée de décideurs, nonobstant l’indifférence quasi générale voire la fausseté du jugement de certains. C’est, au contraire, l’une des grandes « choses publiques » qui mérite toute notre attention et, à l’égard de ceux qui en ont la charge effective et nous protègent au prix de leur confort et parfois de leur vie, notre sollicitude et notre soutien sans faille.














4 commentaires:
Bien l'article du CBA MAIGNE sur R. GIRARD. Effectivement, on peut dire que les conflits appelés à tort "asymétriques" sont tout aussi mimétiques que les autres. Je viens de mettre en ligne quelques articles sur la demande croissante des Irakiens pour la sécurité et la prospérité. Si les Américains, qui ont tenté de reconstruire les infrastructures détruites ou déficientes dès 2003, réussissent aujourd'hui à y intéresser de près les chefs de tribus, c'est qu'ils sont vus comme les seuls capables d'apporter ce "standard" de confort occidental. Alors qu'en 2003, l'unanimité se faisait -du moins chez les Sunnites- pour les voir comme des occupants, d'autant plus illégitimes qu'ils faisaient preuve de faiblesse face aux insurgés.
Je suis un peu inquiet, comme GIRARD lui-même d'ailleurs, quant au retour du mécanisme du bouc émissaire. Au-delà du problème irakien, il me semble que l'occidental (et soyons très clair: le chrétien croyant plus que tout autre) tient désormais cette place. Sauf en Irak (pour les raisons que je viens de dire)..... d'où l'importance MAJEURE et CRUCIALE de ce conflit pour l'ensemble de l'occident....
Bravo à Joseph pour son intervention.
Cordialement
Stéphane TAILLAT
Bonjour Stéphane,
Effectivement, il est bon que les militaires français s’intéressent à la pensée girardienne qui, notamment dans sa description du mimétisme générateur de conflit, propose une grille de lecture intéressante. A vrai dire, cet intérêt n’est pas surprenant de la part d’officiers qui font un travail fascinant de recherche et ouvrent la pensée stratégique hexagonale à des horizons nouveaux et stimulants. A ce titre, il serait intéressant, en liaison avec ton article (excellent) sur le manuel FM 3-0 de l’US Army de savoir dans quelle mesure il existe, ou pas, une influence française sur les officiers US responsables de cette transformation (je crois qu’on peut utiliser le terme à bon escient si le virage se confirme) doctrinale.
Quand au retour du Bouc Emissaire sous les traits du croisé (chrétien, occidental et militaire, ou du moins dépeint comme tel) c’est hélas une triste vérité. Il est clair que le succès, ou non, des forces occidentales en Irak et en Afghanistan sera déterminant pour nous et la façon dont nos sociétés seront perçues à l’avenir, au Moyen-Orient comme partout ailleurs dans le monde.
Cordialement.
Bonjour François, juste une petite précision d'ordre historico-ethnique : formellement parlant, les Belges sont des Gaulois ;o)
Caramba !
Je connais un prof d’histoire ancienne qui m’aurait tanné le cuir pour une telle erreur. Donc, oui, nos amis belges sont bien des gaulois, de la gaule celtique si mes souvenirs sont bons (voir l’album d’Astérix consacré au sujet).
Navré si j’ai froissé votre sensibilité...
Enregistrer un commentaire