Je profite d’une improbable et fugace connexion internet pour donner de mes nouvelles et rappeler à tous que, si je suis absent et fort occupé, je reste malgré tout fidèle au poste et continue de collecter informations et éléments de réflexion qui, je l’espère, serviront prochainement de matière à des analyses intéressantes. Les voyages, en particulier dans des contrées exotiques, ne forment pas que la jeunesse : ils permettent de s’ouvrir à d’autres cultures et, à condition de faire l’effort de s’en imprégner avec suffisamment d’humilité et de patience, d’y découvrir, comme dans un reflet, non seulement de nouvelles facettes de sa personnalité mais aussi une image de son propre pays, de l’impression qu’il renvoie alentour, de ses défauts aussi et surtout, ces défauts qu’on a tendance à un peu trop ignorer lorsqu’on a le nez collé dessus en permanence.
Sur les thèmes que je souhaite développer à mon retour, il en est qui ont certainement récemment occupé, ne serait ce que brièvement, l’actualité hexagonale. Je n’ai pas le temps d’entrer dans les détails à présent mais j’y reviendrai beaucoup plus longuement tant cette actualité fut vécue intensément de mon côté et parce que, au-delà de la simple relation, déjà édifiante, des faits bruts, elle contient moult leçons, avertissements et éclairages intéressants sur le monde et sa marche cahotante vers une amélioration sensible ou, car certains pèsent fortement sur la balance dans ce sens, sur sa dérive insécuritaire générale.
A ce propos, j’ai pu constater avec un certain étonnement, pour ne pas dire plus, à quel point les préoccupations des citoyens de mon pays natal (ou du moins de ceux qui ont la lourde tâche d’informer ces derniers) restent éloignées de ces grandes lignes de fractures géopolitiques. Car quelques connexions sur les sites d’informations français les plus fréquentés m’ont bien vite ramené à une réalité plus triviale quoique fort instructive, distrayante et préoccupante à la fois.
Je veux bien sur parler des tribulations sentimentales, apparemment largement médiatisées, de notre Chef des Armées, l’encore tout neuf Président de la République Nicolas Sarkozy. Le moins qu’on puisse en dire c’est que pour ce qui est de la rupture, nous sommes servis !
Seulement voilà : après le gigantesque éclat de rire, un peu nerveux mais délicieux car bienvenu libérateur de pression, la consternation a reprit ses droits et le questionnement sur l’homme, son caractère, ses pulsions et, soyons francs, sa capacité à incarner, et non pas simplement à occuper, sa fonction s’est aggravé avec les derniers éléments d’information qui sont parvenus jusqu’à moi et qui, je l’espère, ne reflètent pas totalement la réalité de ce qui arrive à mon cher et vieux pays.
Une précision nécessaire en préambule : je me moque du tiers comme du quart de l’activisme sexuel de nos gouvernants. Du moment que tout cela se passe entre adultes consentants et sans répercussions préjudiciables sur les devoirs et obligations professionnels des protagonistes, ce qui peut se produire dans les chambres à coucher (ou tout autre lieu jugé adéquat) les plus éminentes de la Nation m’indiffère et même me gène un peu : le voyeurisme est un vice qui me dégoute fort et ceux qui s’y livrent le font généralement avec des arrières pensées et mues par une psyché assez répugnante. Mais il y a une nuance entre guetter les commérages sur tel ou tel et se les voir infliger, en grandes pompes et sans la moindre pudeur, par les mêmes.
Pour résumer, j’apprends ainsi que Nicolas Sarkozy, après avoir divorcé de sa seconde épouse (ce qui, somme toute, est hélas le lot de la moitié des couples français), a trouvé une remplaçante en la personne de l’une de ces égéries un peu « bobo » de cette jet set qu’il affectionne tant. Jusque là rien que de très banal, si ce n’était la médiatisation excessive et assez inutile de cette banale péripétie sentimentale. Les choses se gâtent lorsqu’on apprend que quelques « livres » se font le devoir de rapporter des propos de l’ex femme qui, pour résumer, décrit son mari comme un égocentrique fasciné par l’argent et affecté par une personnalité quasi infantile, influençable, et dont on perçoit peu la dimension intellectuelle. Il est rare qu’après une séparation orageuse les ex conjoints portent sur leurs partenaires d’autrefois des jugements impartiaux et sympathiques. Mais il est tout aussi rare, voire même inédit, que ces fielleuses remarques concernent un personnage aussi éminent que le Président de la République en exercice et soient ainsi jetées en pâture à une opinion publique qui s’en gave comme des derniers commérages sur tel ou tel protagoniste d’une téléréalité de bas étage.
Jusque là, nous pataugions dans un navrant vaguement saumâtre mais qu’il nous était encore possible de feindre d’ignorer. Lors d’une certaine conférence de presse, nous avons, c’est du moins mon impression vu d’ici, dépassé toutes les bornes du grotesque et franchi allégrement les limites de ce qui est admissible et, osons le mot, « convenable ». Lorsque je dis « nous », sans doute serait il plus juste de parler de « lui », car c’est bel et bien ce personnage essentiel, éminent, sur les épaules duquel pèse le destin de la Nation qui, se fourvoyant une nouvelle fois, amène les citoyens attentifs à douter de ses aptitudes.
Car, qu’on s’en réjouisse, le regrette ou qu’on fasse simplement avec cette évidence indépassable, le Président de la République Française n’est pas, historiquement et même constitutionnellement, un citoyen comme les autres : héritier lointain, génétiquement modifié par les tribulations de l’Histoire, de ces souverains absolus qui ont incarné la France, il conserve, par la grâce de ce qu’a souhaité le fondateur de la présente République mais pas uniquement, une aura, un pouvoir, une grandeur sans laquelle « le roi est nu » et son peuple comme orphelin de cette haute figure en laquelle il aime s’incarner, au-delà de ses opinions et difficultés quotidiennes.
D’éminents commentateurs, publiquement ou à voix basse, s’étaient déjà interrogés sur le style de la présidence Sarkozy : les plus tendres (et peut-être aussi les plus inconscients) y voyaient une cassure bienvenue, nécessaire mais somme toute bénigne, d’avec un système perçu comme poussiéreux ; les plus sévères pointaient déjà ces outrages infligés à nos traditions et les dangers qu’ils faisaient courir à l’image même de notre pays, à celle de son plus éminent représentant et, conséquemment, à son leadership, à l’intérieur comme à l’étranger. N’étant pas spécialement en extase devant l’exhibition ostensible des richesses ploutocratiques des proches amis du président, navré par un septennat débutant dans une débauche de symboliques d’une vulgarité assumée, déçu, mais pas surpris, par la glorification de l’émotionnel, de l’instantané, de la réflexion devenue foucade, de l’action travestie en gestes sans lendemain, j’avais, d’emblée, tendance à partager les craintes qui commençaient à poindre tout en espérant que la fonction finirait par habiter l’homme, à défaut de l’inverse.
Hélas, et au-delà d’une politique économique et sociale sur laquelle je me garderai de porter un jugement, les initiatives extérieures du Président Sarkozy sont restées à l’image du personnage. Ceci, ajouté à l’exécrable médiatisation de ses problèmes sentimentaux et de sa façon de les résoudre en public renvoient une bien piètre image de la haute fonction qu’il incarne, une déviance qui, je le crains, sera fort difficile, dans l’avenir, de renverser.
Je m’interromps là en espérant que tout ce cirque grotesque ne trouvera dans l’histoire que la place qu’il mérite, c'est-à-dire aucune. Quant aux fidèles lecteurs qui penseront que ce billet improbable s’éloigne des thématiques habituellement développées ici, je leur dirai qu’ils ont à moitié raison. Mais qu’ils se rassurent : dés mon retour, les questions de Défense reprendront la primauté. Qu’ils ne voient dans cette humeur qu’une digression passagère et finalement pas tant hors sujet que cela. Après tout, ce qui touche à notre Chef des Armées, nous concerne aussi et ces dernières péripéties nous renseignent un peu sur le bonhomme et ce qu’il a dans le ventre.
Un dernier détail aujourd’hui, avant de poster cette note qui sera surement déjà devenue anachronique : tandis que nous cheminions sur une route de montagne magnifique, traversant des villages à la fois pittoresques et qui s’agrippent comme par miracle à la roche, mon chauffeur, Alvaro, slalomant à une vitesse suicidaire entre les antiques véhicules qui empruntent ce carrefour stratégique pour la région, m’informe soudain, histoire de détendre l’atmosphère, qu’il a entendu ce matin à la radio l’annonce officielle du mariage de Nicolas Sarkozy avec sa belle du moment. Vrai ou faux, qu’importe. En cet instant et en ce lieu la nouvelle, et le fait qu’elle ait transpiré jusqu’ici, m’apparait à la fois dérisoire et tragique et je m’empresse, sans trop de difficulté, de l’oublier pour me concentrer sur les difficultés, autrement plus prégnantes, du moment.
On a les héros qu’on mérite et les légendes, minables ou magnifiques, qu’ils suscitent sont à la hauteur de l’image qu’ils projettent au monde.
A bientôt.














1 commentaires:
Comme j'aime Monsieur François, que même au "front" vous gardiez l'oeil critique :))
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