ET SI LE BON SENS COMMANDAIT DE TERMINER CE QU’ON A COMMENCE AVANT DE SE LANCER DANS D’INACCESSIBLES QUÊTES…
Certains jours, la complaisance ambiante devie
nt trop pesante et il faut se défaire de sa prudente réserve pour conserver son jugement et son esprit critique, armes ultimes de tout citoyen. Ainsi, les salamalecs que l’actuel Président de la République entretient sur le sujet de l’Union Méditerranéenne méritent mieux que les commentaires contrits de quelques journalistes officiels tétanisés par la peur de se griller auprès du pouvoir. Nous avons, du reste, bien vite pris l’habitude de voir les média se montrer d’une pudeur virginale dés qu’il s’agit d’aborder les éventuels couacs, incohérences et autres foucades de la présidence sarkozyenne. Lorsque ces sujets n’engagent que le présent et notre beau pays, c’est déjà regrettable mais, quand ces splendides ambitions mettent en péril tout ce pour quoi des générations de bâtisseurs ont travaillé, par delà les frontières et dans le but d’améliorer le destin du continent tout entier, cela devient plus problématique.
Du reste, il est des grands projets comme des personnalités de ceux qui les inventent et les assument : certains sont petits, d’autres immenses mais, plus rares et plus ennuyeux, il en est qui sont à la fois impossibles et dangereux. L’hypothétique Union de la Méditerranée, qu’on charge certains politiciens poussifs de nous revendre, telle une vieille 4L de contrebande comme s’il s’agissait d’une luxueuse berline allemande, est de ceux là.
Car, enfin, de quoi s’agit-il réellement ? A l’origine, cette brillante idée fut proposée par l’encore candidat pendant sa campagne et se voulait une alternative à l’entrée de la Turquie dans l’UE. C’était là l’une de ces belles promesses, avec juste ce qu’il fallait de vagues et pétries des bons sentiments qui vont bien pour occuper un peu les discussions d’avant vote. Logiquement, on aurait pu penser que l’idée, comme bien d’autres, allait décéder de causes naturelles sitôt le Président entré en fonction. Pas du tout ! La récente tournée au Maghreb et la visite en France du sympathique conducator libyen ont encore fourni des occasions de remettre cette méchante initiative sur le tapis, au grand dam de nos voisins européens les plus influents et pour la plus grande perplexité des peuples concernés qui doutent fortement, et à juste titre, de la faisabilité, en l’état, d’une telle Union.
Mais soyons honnêtes, il n’y a pas que de mauvaises choses dans ce projet : certains aspects sont prometteurs et, en d’autres circonstances, il serait même visionnaire. Mais la réalité fait que nous avons déjà de nombreux fers au feu. Pourquoi se compliquer la vie avec un nouveau problème, et non des moindres ? A force de vouloir tout faire vite et bien, on finit pas bâcler à coup sur le peu qu’on aurait pu réussir à condition de s’en donner l’énergie et les moyens. Le principe d’économie des forces, en cette matière comme dans d’autres, commanderait une plus grande prudence…
Car enfin, a-t-on la bougeotte au point de croire qu’il faille aller encore plus de l’avant au risque de laisser en arrière des pans mal construits de notre maison commune ?
Est-on à ce point sur de soi qu’on affiche comme projet de se proclamer leader d’une nouvelle alliance qui n’existe ni dans les esprits ni dans les faits ?
Est-on à ce point dédaigneux des travaux entrepris avant soi qu’on les juge soudain devenus inutiles et obsolètes ?
Mais quelle est donc cette lubie qui s’est emparée de certains ? L’Europe a-t-elle perdu tout son sens ? Ne voit on pas que, tout autour d’un centre qu’on rêve puissant, des nations ne demandent qu’à s’assembler et que l’affaiblissement de ce centre ne peut conduire qu’à la dispersion ? Comme si les problèmes, ici et tout de suite, n’étaient pas assez présents et qu’il soit urgent de s’en créer d’autres…
Terminons l’Europe et achevons bel et bien ce que nous avons commencé, pour le meilleur et pour le pire, et non à la sauvette, au gré d’un vote parlementaire qui n’aura de légitimité que pour ceux qui l’auront ratifié, la trouille d’une circonscription ou d’une municipalité perdue au ventre. Au lieu de biaiser, ayons le courage de se confronter crument au dossier afin qu’il sorte des ornières où il se noie peu à peu. C’est une preuve de grande force que de ne pas se disperser, de ne pas sauter, aux premières difficultés venues, sur un autre cheval sous prétexte que celui sur lequel on a été hissé a été baptisé par d’autres. Ne fuyons pas les problèmes immédiats pour s’en créer de plus lointains et sortons de la facilité et du dilettantisme politique actuel, tout entier tourné vers les derniers sondages (étrangement devenus plus rares ces temps derniers…) et l’accumulation obsessionnelle et assez artificielle de l’argent et des contrats. Pensons après-demain au lieu de penser au prochain journal de 20 heures où à l’édition suivante du quotidien à la mode.
« Si la guerre doit avoir lieu, faites que ce soit de mon temps pour que mon enfant y échappe » aurait dit Thomas Payne. Nous qui prétendions rompre avec les jouisseurs gauchistes de l’idéal et du plaisir immédiat, nous avons troqué cet espoir contre les jouisseurs du fric et du luxe immédiat. Même énergie bandée vers un inaccessible lointain, même aveuglement et, probablement, même honte posthume.
Car qu’allons nous, les uns comme les autres, laisser enfin comme héritage ?
Une Union Européenne bouffie et mal foutue et une Union Méditerranéenne, foyer de tensions au pire, projet ridicule et inaccessible avant des décennies, au mieux, mais qui aura contribué à gaspiller de précieuses énergies qui auraient été plus utiles ailleurs.
Nous avons déjà un peu de mal à nous situer clairement entre l’Union Européenne et l’OTAN et voilà qu’on vient rajouter un nouvel étage à ce complexe mille-feuilles ! Terminons déjà ce que nous avons entamé, il y à fort à faire, et nous verrons demain, plus forts et plus unis, ce qu’il est possible de réaliser à coté de la solide sphère que nous aurons bâtie, du moins si nous faisons l’effort de rester tendu vers un but stratégique unique et clair.














2 commentaires:
Le projet me rappelle un papier interessant d'Alexandre Kojève sur un projet d'union européenne il y a 50 ans.C'etait encore l'epoque ou on parlais d'empire.........
Le problème dans toute cette histoire, c'est qu'il existe déjà une instance de diaolgue euro-mediteranéen.C'est le processus de Barcelone, et de l'avis general c'est un échec.
En quoi l'Union Mediterranéenne serait-elle differente?
Sans compter que je ne vois pas très bien comment construire une "union" avec Khadafi, Bouteflika et compagnie.L'Union Européenne est quand même basé sur un minimum de "valeur"(le terme est très galvaudé ces derniers temps).
J'avoue ne vraiment pas comprendre d'ou viens cette lubie.Les conditions politiques ne sont absolument pas réunies pour un projet de grande ampleur.C'est un pure non-sens.
Au mieux on obtiendra un forum de discussion sur des problèmes techniques(securité, environement, immigration, etc), ce qui est toujours interessant mais ne merite certainement pas le terme "Union" et ne changre rien sur le plan politique.
bonjour,
si vous voulez comprendre, demandez-vous combien de journalistes et d'hommes politiques français (dit de souche par exemple)sont nés au Maroc ou en Tunisie et y ont passer leur enfance (Villepin, Seguin, Delanoé et j'en passe...)Ce peut-être, au cas par cas, un élément de réponse.
Je souscris bien évidemment à vos interrogations et au commentaire de FD.
Cordialement,
Jelex
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